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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/152

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Cournet le regarda en face et retrouva cette figure dans sa mémoire. L’homme avait raison. Il avait fait partie, en effet, du conclave de la rue Saint-Spire. Le mouchard reprit en riant :

— J’ai nommé Eugène Sue avec vous.

Il était inutile de nier, et le moment n’était pas bon pour résister. Il y avait là, nous venons de le dire, vingt sergents de ville et un régiment de dragons.

— Je vous suis, dit Cournet. On fit avancer un fiacre.

— Pendant que j’y suis, dit le mouchard, venez tous les trois.

Il fit monter Huy et Lorin avec Cournet, les plaça sur le devant et s’assit au fond près de Cournet, puis il cria au cocher :

— A la préfecture.

Les sergents de ville entourèrent le fiacre. Mais soit hasard, soit confiance, soit hâte de se faire payer sa capture, l’homme qui avait arrêté Cournet cria au cocher : Vite ! vite ! Et le fiacre partit au galop.

Cependant Cournet savait qu’il serait fusillé dans la cour même en arrivant à la préfecture. Il avait résolu de n’y point aller.

A un détour, rue Saint-Antoine, il jeta un coup d’œil en arrière et vit que les sergents de ville ne suivaient le fiacre que de très loin.

Aucun des quatre hommes que le fiacre emportait n’avait encore desserré les dents.

Cournet adressa à ses deux compagnons assis en face de lui un regard qui voulait dire : Nous sommes trois, profitons-en pour nous échapper.

Tous deux répondirent par un clignement d’yeux imperceptible qui lui montrait la rue pleine de passants et qui disait : non.

Quelques instants après, le fiacre sortit de la rue Saint-Antoine et entra dans la rue de Fourcy. La rue de Fourcy est habituellement déserte, personne n’y passait en ce moment.

Cournet se tourna brusquement vers le mouchard et lui demanda :

— Avez-vous un mandat pour m’arrêter ?

— Non, mais j’ai ma carte.

Et il la tira de sa poche et montra à Cournet sa carte d’agent de police.

Alors il y eut entre ces deux hommes le dialogue que voici :

— Ce n’est pas régulier.

— Qu’est-ce que cela me fait ?

— Vous n’avez pas le droit de m’arrêter.

— C’est égal, je vous arrête.

— Voyons, c’est de l’argent qu’il vous faut. En voulez-vous ? J’en ai sur moi, laissez-moi échapper.