Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/463

Cette page n’a pas encore été corrigée


cellulaires. Le jour était venu ; les quatre sergents de ville respiraient l’air du dehors et regardaient la campagne par l’espèce de hublot qui borde des deux côtés le plafond du couloir. Tout à coup une voix forte sortit d’une des cellules restées fermées, et cria : – Ah çà, il fait très froid ! Est-ce qu’on ne peut pas rallumer son cigare ici ?

Une autre voix partit immédiatement d’une autre cellule et dit : – Tiens, c’est vous ! Bonjour, Lamoricière !

— Bonjour, Cavaignac, reprit la première voix.

Le général Cavaignac et le général Lamoricière venaient de se reconnaître.

Une troisième voix s’éleva d’une troisième cellule : – Ah ! vous êtes là, messieurs ! Bonjour et bon voyage !

Celui qui parlait là, c’était le général Changarnier.

— Messieurs les généraux, cria une quatrième voix, je suis des vôtres.

Les trois généraux reconnurent M. Baze. Un éclat de rire sortit des quatre cellules à la fois.

Cette voiture cellulaire contenait en effet et emportait hors de Paris le questeur Baze et les généraux Lamoricière, Cavaignac et Changarnier. Dans l’autre voiture, qui était placée la première sur les trucs, il y avait le colonel Charras, les généraux Bedeau et Le Flô, et le comte Roger (du Nord).

A minuit, ces huit représentants prisonniers dormaient chacun dans leur cellule à Mazas, lorsqu’on avait frappé brusquement à leur guichet, et une voix leur avait dit : – Habillez-vous ; on va venir vous chercher. – Est-ce pour nous fusiller ? cria Charras à travers la porte. – On ne lui répondit pas.

Chose digne de remarque, cette idée en ce moment leur vint à tous. Et en effet, s’il faut en croire ce qui transpire aujourd’hui des querelles actuelles entre complices, il paraît que, dans le cas où un coup de main aurait été tenté par nous sur Mazas pour les délivrer, cette fusillade était résolue, et que Saint-Arnaud en avait dans sa poche l’ordre écrit et signé : Louis Bonaparte.

Les prisonniers se levèrent. Déjà, la nuit précédente, un avis pareil leur avait été donné ; ils avaient passé la nuit sur pied, et à six heures du matin les guichetiers leur avaient dit : Vous pouvez vous coucher. Les heures s’écoulèrent ; ils finirent par croire qu’il en serait comme l’autre nuit, et plusieurs d’entre eux entendant sonner cinq heures du matin à l’horloge intérieure de la prison, allaient se remettre au lit, quand les portes de leurs cellules s’ouvrirent. On les fit descendre tous les huit l’un après l’autre dans la rotonde du greffe, puis monter en voiture cellulaire, sans qu’ils se fussent rencontrés ni aperçus dans le trajet. Une espèce d’homme vêtu de noir, à l’