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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/416

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Tout fut dit, on laissa l’omnibus s’éloigner. Une minute après, l’arrière-garde de l’escorte survint et passa au grand trot, et le groupe qui entourait Aubry (du Nord), Malardier et Cournet, se dispersa.

Le café Roysin venait de s’ouvrir. On s’en souvient, la grande salle de ce café avait servi aux séances d’un club fameux en 1848. C’était là, on se le rappelle également, que le rendez-vous avait été donné.

On entre dans le café Roysin par une allée qui donne sur la rue, puis on traverse un vestibule de quelques mètres de longueur, et l’on trouve une salle assez vaste, avec de hautes fenêtres et des glaces aux murs, et au milieu plusieurs billards, des tables à dessus de marbre, des chaises et des banquettes de velours. C’est cette salle, mal disposée du reste pour une séance où l’on eût délibéré, qui avait été la salle du club Roysin. Cournet, Aubry et Malardier s’y installèrent. En entrant, ils ne dissimulèrent point qui ils étaient ; on les reçut bien, et on leur indiqua une sortie par les jardins, en cas.

De Flotte venait de les rejoindre.

Huit heures sonnaient quand les représentants commencèrent à arriver. Bruckner, Maigne et Brillier d’abord, puis successivement Charamaule, Cassal, Dulac, Bourzat, Madier de Montjau et Baudin. Bourzat, à cause de la boue, selon son habitude, avait des sabots. Qui prendrait Bourzat pour un paysan se tromperait, c’est un bénédictin. Bourzat, imagination méridionale, intelligence vive, fine, lettrée, ornée, a dans sa tête l’Encyclopédie et des sabots à ses pieds. Pourquoi pas ? il est esprit et peuple. L’ancien constituant Bastide arriva avec Madier de Montjau. Baudin serrait la main de tous avec effusion, mais ne parlait pas. Il était pensif. – Qu’avez-vous, Baudin ? lui demanda Aubry (du Nord). Est-ce que vous êtes triste ? – Moi, dit Baudin en relevant la tête, je n’ai jamais été plus content !

Se sentait-il déjà l’élu ? quand on est si près de la mort, toute rayonnante de gloire, qui vous sourit dans l’ombre, peut-être l’aperçoit-on.

Un certain nombre d’hommes étrangers à l’Assemblée, tous déterminés comme les représentants eux-mêmes, les accompagnait et les entourait.

Cournet en était le chef. Il y avait parmi eux des ouvriers, mais pas de blouses. Afin de ne point effaroucher la bourgeoisie, on avait recommandé aux ouvriers, notamment chez Derosne et Cail, de venir en habit.

Baudin avait sur lui une copie de la proclamation que je lui avais dictée la veille. Cournet la déplia et la lut. – Faisons-la tout de suite afficher dans le faubourg, dit-il. Il faut que le peuple sache que Louis Bonaparte est hors la loi. – Un ouvrier lithographe, qui était là, s’offrit à l’imprimer sur-le-champ. Tous les représentants présents la signèrent, et ils ajoutèrent mon nom à leurs signatures. – Aubry (du Nord) écrivit en tête les mots : Assemblée nationale. L’ouvrier emporta la proclamation et tint parole. Quelques