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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/376

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Une discussion suivit. Quelques-uns voulaient qu’on rayât le mot prince. Mais l’Assemblée était impatiente. – Vite ! vite ! cria-t-on. Nous sommes en décembre, les jours sont courts, répétait Joigneaux.

Douze copies se firent à la fois en quelques minutes. Schœlcher, Rey, Xavier Durieu, Millière en prirent chacun une et partirent à la recherche d’une imprimerie.

Comme ils venaient de sortir, un homme que je ne connaissais pas, mais auquel plusieurs représentants firent accueil, entra et dit : – Citoyens, cette maison est signalée. Des troupes sont en marche pour vous cerner. Vous n’avez pas un instant à perdre.

Plusieurs voix s’élevèrent.

— Eh bien ! qu’on nous arrête !

— Qu’est-ce que cela nous fait ?

— Qu’ils consomment leur crime !

— Mes collègues, m’écriai-je, ne nous laissons pas arrêter. Après la lutte, comme il plaira à Dieu ; mais avant le combat, non ! C’est de nous que le peuple attend l’impulsion. Nous pris, tout est fini. Notre devoir est d’engager la bataille, notre droit est de croiser le fer avec le coup d’État. Il faut qu’il ne puisse pas nous saisir, qu’il nous cherche et qu’il ne nous trouve pas. Il faut tromper le bras qu’il étend vers nous, nous dérober à Bonaparte, le harceler, le lasser, l’étonner, l’épuiser, disparaître et reparaître sans cesse, changer d’asile et toujours combattre, être toujours devant lui et jamais sous sa main. Ne quittons pas le terrain. Nous n’avons pas le nombre, ayons l’audace.

On approuva. – C’est juste, dirent-ils, mais où irons-nous ?

Labrousse dit :

— Notre ancien collègue à la Constituante, Beslay, offre sa maison.

— Où demeure-t-il ?

— Rue de la Cerisaie, 33, au Marais.

— Eh bien, repris-je, séparons-nous, nous nous retrouverons dans deux heures chez Beslay, rue de la Cerisaie, n° 33.

Tous partirent ; mais les uns après les autres et dans des directions différentes. Je priai Charamaule d’aller m’attendre chez moi, et je sortis à pied avec Noël Parfait et Lafon.

Nous gagnâmes le quartier encore inhabité que côtoie le mur de ronde. Comme nous arrivions à l’angle de la rue Pigalle, nous vîmes à cent pas de nous, dans les ruelles désertes qui la coupent, les soldats qui se glissaient le long des maisons et se dirigeaient vers la rue Blanche.

A trois heures, les membres de la gauche se retrouvèrent rue de la Cerisaie. Mais l’éveil avait été donné, les habitants de ces rues solitaires se mettaient aux