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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/365

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pas encore que les généraux ont été arrêtés. Ils ont paru étonnés et mécontents. – On s’attachait à cela comme à des espérances.

Le représentant Michel Renaud, des Basses-Pyrénées, retrouva parmi les chasseurs de Vincennes qui occupaient la cour plusieurs de ses compatriotes du pays basque. Quelques-uns avaient voté pour lui, et le lui rappelèrent. Ils ajoutaient : – Ah ? nous voterions encore la liste rouge. – Un d’eux, tout jeune homme, le prit à part et lui dit : – Monsieur, avez-vous besoin d’argent ? J’ai là une pièce de quarante sous. Vers dix heures du soir, vacarme dans la cour. Les portes et les grilles tournent à grand bruit sur leurs gonds. Quelque chose entrait qui roulait comme un tonnerre. On se pencha aux fenêtres et l’on aperçut arrêté au bas de l’escalier une espèce de gros coffre oblong, peint en noir, en jaune, en rouge et en vert, porté sur quatre roues, attelé de chevaux de poste, et entouré d’hommes à longues redingotes et à figures farouches, tenant des torches. Dans l’ombre, et l’imagination aidant, ce chariot paraissait tout noir. On y voyait une porte, mais pas d’autre ouverture. Cela ressemblait à un grand cercueil roulant. – Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est un corbillard ? – Non, c’est une voiture cellulaire. – Et ces gens-là, ce sont des croque-morts ? – Non, ce sont des guichetiers. – Et pour qui ça vient-il ?

— Pour vous, messieurs ! cria une voix. C’était la voix d’un officier ; et ce qui venait d’entrer, c’était en effet une voiture cellulaire.

En même temps on entendit crier : – Le premier escadron à cheval ! – Et cinq minutes après, les lanciers qui devaient accompagner les voitures se rangèrent en ordre de bataille dans la cour.

Alors il y eut dans la caserne une rumeur de ruche en colère. Les représentants montaient et descendaient les escaliers et allaient voir de près la voiture cellulaire. Quelques-uns la touchaient, et n’en croyaient pas leurs yeux. M. Piscatory se croisait avec M. Chambolle et lui criait : – Je pars là dedans ! M. Berryer rencontrait Eugène Sue, et ils échangeaient ce dialogue : – Où allez-vous ? – Au mont Valérien. Et vous ? – Je ne sais pas.

A dix heures et demie l’appel commença pour le départ. Des estafiers s’installèrent à une table entre deux chandelles dans une salle basse, au pied de l’escalier, et l’on appela les représentants deux par deux. Les représentants convinrent de ne pas se nommer et de répondre à chaque nom qu’on appellerait : – Il n’y est pas. Mais ceux des « burgraves » qui avaient accepté le coin du feu du colonel Feray, jugèrent cette petite résistance indigne d’eux et répondirent à l’appel de leurs noms. Ceci entraîna le reste. Tout le monde répondit. Il y eut parmi les légitimistes quelques scènes tragi-comiques. Eux, les seuls qui ne fussent pas menacés, ils tenaient absolument à