Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/351

Cette page n’a pas encore été corrigée


et remonta un moment après en disant : – On méconnaît mon autorité. Je viens de donner ma démission. Du reste, le nom de Lauriston n’était point familier aux soldats. Oudinot était plus connu de l’armée. Mais comment ?

Au moment où le nom d’Oudinot fut prononcé, il y eut, dans cette réunion presque exclusivement composée de la droite, un frémissement. En effet, à cette minute critique, à ce nom fatal d’Oudinot, les réflexions se pressaient dans tous les esprits.

Qu’était-ce que le coup d’État ?

C’était « l’expédition de Rome à l’intérieur » qui se faisait. Et contre qui ? contre ceux qui avaient fait l’expédition de Rome à l’extérieur. L’Assemblée nationale de France, dissoute par la violence, ne trouvait plus pour se défendre à cette heure suprême qu’un seul général, et lequel ? précisément celui qui, au nom de l’Assemblée nationale de France, avait dissous par la violence l’Assemblée nationale de Rome. Quelle force pouvait avoir pour sauver une république Oudinot, égorgeur d’une république ? N’était-il pas tout simple que ses propres soldats lui répondissent : – Qu’est-ce que vous nous voulez ? Ce que nous avons fait à Rome, nous le faisons à Paris. – Quelle histoire que cette histoire de la trahison ! La Législative française avait écrit le chapitre premier avec le sang de la Constituante romaine ; la Providence écrivait le chapitre second avec le sang de la Législative française, Louis Bonaparte tenant la plume.

En 1849, Louis Bonaparte avait assassiné la souveraineté du peuple dans la personne de ses représentants romains ; en 1851, il l’assassinait dans la personne de ses représentants français. C’était logique, et, quoique ce fût infâme, c’était juste. L’Assemblée législative française portait à la fois le poids des deux crimes, complice du premier, victime du second. Tous ces hommes de la majorité le sentaient, et se courbaient. Ou plutôt, c’était le même crime, le crime du 2 juillet 1849, toujours debout, toujours vivant, qui n’avait fait que changer de nom, qui s’appelait maintenant le 2 décembre, et qui, engendré par cette Assemblée, la poignardait. Presque tous les crimes sont parricides. A un jour donné, ils se retournent contre ceux qui les ont faits, et ils les tuent.

En ce moment si plein de méditations, M. de Falloux dut chercher des yeux M. de Montalembert. M. de Montalembert était à l’Elysée.

Quand Tamisier se leva et prononça ce mot terrible : l’affaire de Rome ! M. de Dampierre, éperdu, lui cria :

— Taisez-vous ! vous nous tuez !

Ce n’était pas Tamisier qui les tuait, c’était Oudinot.

M. de Dampierre ne s’apercevait pas qu’il criait : – taisez-vous ! à l’histoire.