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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/343

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à une petite porte latérale qu’on laissa ouverte avec ordre de ne laisser passer que les membres de l’Assemblée qui pourraient survenir. M. Hovyn de Tranchère se tint à cette porte et se chargea de les reconnaître.

A leur arrivée à la mairie, les représentants étaient un peu moins de trois cents. Ils dépassèrent ce nombre plus tard. Il était environ onze heures du matin. Tous ne montèrent pas immédiatement dans la salle où l’on devait délibérer. Plusieurs, ceux de la gauche en particulier, restèrent dans la cour mêlés aux gardes nationaux et aux citoyens.

On parlait de ce qu’on allait faire.

Il y eut un premier incident.

Le doyen d’âge de la réunion était M. de Kératry.

Etait-ce lui qui allait présider ?

Les représentants réunis dans la grande salle le désignaient.

Les représentants demeurés dans la cour hésitaient.

Marc Dufraisse aborda MM. Jules de Lasteyrie et Léon de Maleville qui étaient restés parmi les représentants de la gauche, et leur dit : – A quoi pensent-ils là-haut ? faire présider Kératry ! le nom de Kératry effarouchera le peuple absolument comme le mien effaroucherait la bourgeoisie !

Un membre de la droite, M. de Kéranflech, survint et crut appuyer l’objection en ajoutant : – Et puis, réfléchissez à l’âge de Kératry. C’est une folie. Mettre un homme de quatre-vingts ans aux prises avec cette heure redoutable !

Mais Esquiros se récria :

— Mauvaise raison celle-là. Quatre-vingts ans, c’est une force.

— Oui, bien portés, dit Colfavru. Kératry les porte mal.

— Rien de plus grand, reprit Esquiros, que les grands octogénaires.

— Il est beau, ajouta Chamiot, d’être présidés par Nestor.

— Non par Géronte ! dit Victor Hennequin.

Ce mot mit fin au débat. Kératry fut écarté. MM. Léon de Maleville et Jules de Lasteyrie, deux hommes honorés de tous les partis, se chargèrent de faire entendre raison aux membres de la droite ; il fut décidé que le bureau présiderait. Cinq membres du bureau étaient présents : deux vice-présidents, MM. Benoist d’Azy et Vitet, et trois secrétaires, MM. Grimault, Chapot et Moulin. Des deux autres vice-présidents, l’un, le général Bedeau, était à Mazas, l’autre, M. Daru, était gardé à vue chez lui. Des trois autres secrétaires, deux, MM. Peupin et Lacaze, hommes de l’Elysée, avaient fait défaut ; l’autre, M. Yvan, membre de la gauche, était à la réunion de la gauche, rue Blanche, qui avait lieu presque au même moment.

Cependant un huissier parut sur le perron de la mairie et cria comme aux plus paisibles jours de l’Assemblée : – Messieurs les représentants, en séance.