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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/333

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Delapalme, Cauchy, Grandet et Quénaut ; les deux derniers, suppléants.

Ces hommes, à peu près obscurs, avaient des antécédents quelconques. M. Cauchy, il y a quelques années président de chambre à la cour royale de Paris, homme doux et facilement effrayé, était le frère du mathématicien membre de l’Institut, à qui l’on doit le calcul des ondes sonores, et de l’ancien greffier archiviste de la chambre des pairs. M. Delapalme avait été avocat général, fort mêlé aux procès de presse sous la restauration ; M. Pataille avait été député du centre sous la monarchie de juillet ; M. Moreau (de la Seine) était remarquable en cela qu’on l’avait surnommé de la Seine pour le distinguer de M. Moreau (de la Meurthe), lequel de son côté était remarquable en ceci qu’on l’avait surnommé de la Meurthe pour le distinguer de M. Moreau (de la Seine). Le premier suppléant, M. Grandet, avait été président de chambre à Paris. J’ai lu de lui cet éloge : « On ne lui connaît ni caractère ni opinion quelconque. » Le second suppléant, M. Quénaut, libéral, député, fonctionnaire, avocat général, conservateur, docte, obéissant, était parvenu, se faisant de tout un échelon, à la chambre criminelle de la cour de cassation, où il se signalait parmi les sévères. 1848 avait choqué sa notion du droit ; il avait donné sa démission après le 24 février ; il ne l’a pas donnée après le 2 décembre.

M. Hardouin, qui présidait la Haute Cour, était un ancien président d’assises, homme religieux, janséniste rigide, noté parmi ses collègues comme « magistrat scrupuleux », vivant dans Port-Royal, lecteur assidu de Nicolle, de la race des vieux parlementaires du Marais qui allaient au palais de justice montés sur une mule ; la mule était maintenant passée de mode, et qui fût allé chez le président Hardouin n’eût pas plus trouvé l’entêtement dans son écurie que dans sa conscience.

Le matin du 2 décembre, à neuf heures, deux hommes montaient l’escalier de M. Hardouin, rue de Condé, n° 10, et se rencontraient à sa porte. L’un était M. Pataille ; l’autre, un des membres les plus considérables du barreau de la cour de cassation, l’ancien constituant Martin (de Strasbourg). M. Pataille venait se mettre à la disposition de M. Hardouin.

La première pensée de Martin (de Strasbourg), en lisant les affiches du coup d’État, avait été pour la Haute Cour. M. Hardouin fit passer M. Pataille dans une pièce voisine de son cabinet et reçut Martin (de Strasbourg) comme un homme auquel on ne désire pas parler devant témoins. Mis en demeure par Martin (de Strasbourg) de convoquer la Haute Cour, il pria qu’on le laissât « faire » ; déclara que la Haute Cour « ferait son devoir » ; mais qu’il fallait avant tout qu’il « conférât avec ses collègues », et termina par ce mot : – Ce sera fait aujourd’hui ou demain. – Aujourd’hui ou demain ! s’