Ouvrir le menu principal

Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/291

Cette page n’a pas encore été corrigée


La séance du 1er décembre, fort paisible et consacrée à l’examen de la loi municipale, avait fini tard, et s’était terminée par un scrutin à la tribune. Au moment où M. Baze, l’un des questeurs, montait à la tribune pour déposer son vote, un représentant appartenant à ce qu’on appelait « les bancs élyséens », s’approcha de lui et lui dit tout bas : C’est cette nuit qu’on vous enlève. On recevait tous les jours de ces avertissements, et on avait fini, nous l’avons expliqué plus haut, par n’y plus prendre garde. Cependant, immédiatement après la séance, les questeurs firent appeler le commissaire spécial de police de l’Assemblée. Le président Dupin était présent. Le commissaire interrogé déclara que les rapports de ses agents étaient « au calme plat », ce fut son expression, et qu’il n’y avait, certes, rien à craindre pour cette nuit. Et comme les questeurs insistaient : « Bah ! » dit le président Dupin, et il s’en alla.

Dans la même journée du 1er décembre, vers trois heures du soir, comme le beau-père du général Le Flô traversait le boulevard devant Tortoni, quelqu’un avait passé rapidement près de lui et lui avait jeté dans l’oreille ce mot significatif : onze heuresminuit. On s’en émut peu à la questure et quelques-uns en rirent, c’était l’habitude prise. Cependant le général Le Flô ne voulut pas se coucher avant que l’heure indiquée fût passée et resta dans les bureaux de la questure jusque vers une heure du matin. Le service sténographique de l’Assemblée était fait à l’extérieur par quatre commissionnaires attachés au Moniteur, et chargés de porter à l’imprimerie la copie des sténographes et de rapporter les épreuves au palais de l’Assemblée où M. Hippolyte Prévost les corrigeait. M. Hippolyte Prévost, chef du service sténographique, et logé en cette qualité au palais législatif, était en même temps rédacteur du feuilleton musical du Moniteur. Le 1er décembre il était allé voir à l’Opéra-Comique la première représentation d’une pièce nouvelle, il ne rentra qu’après minuit. Le quatrième commissionnaire du Moniteur l’attendait avec l’épreuve du dernier feuillet de la séance. M. Prévost corrigea l’épreuve, et le commissionnaire s’en alla. Il était en ce moment-là un peu plus d’une heure, la tranquillité était profonde ; excepté la garde, tout dormait dans le palais.

Ce fut vers ce moment de la nuit qu’un incident singulier se produisit. Le capitaine adjudant-major du bataillon de garde à l’Assemblée vint trouver le chef de bataillon, et lui dit : – Le colonel me fait demander. – Et il ajouta, selon le règlement militaire : – Me permettez-vous d’y aller ? – Le commandant s’étonna. – Allez ! dit-il avec quelque humeur, mais le colonel a tort de déranger un officier de service. – Un des soldats de garde entendit, sans comprendre le sens de ces paroles, le commandant se promenant de long en large répéter à plusieurs reprises : Que diable peut-il lui vouloir ?