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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/290

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III. Ce qui s’était passé dans la nuit

Avant les fatales journées de juin 1848, l’Esplanade des Invalides était divisée en huit vastes boulingrins entourés de garde-fous en bois, enfermés entre deux massifs d’arbres, séparés par une rue perpendiculaire au portail des Invalides. Cette rue était coupée par trois rues parallèles à la Seine. Il y avait là de larges gazons où les enfants venaient jouer. Le milieu des huit boulingrins était marqué par un piédestal qui avait porté sous l’empire le lion de bronze de Saint-Marc pris à Venise ; sous la restauration, une figure de Louis XVIII en marbre blanc, et sous Louis-Philippe un buste en plâtre de Lafayette. Le palais de l’Assemblée constituante ayant été presque atteint par une colonne d’insurgés le 22 juin 1848, et les casernes manquant aux environs, le général Cavaignac fit construire, à trois cents pas du palais législatif, dans les boulingrins des Invalides, plusieurs rangées de longues baraques, sous lesquelles le gazon disparut. Ces baraques, où l’on pouvait loger trois ou quatre mille hommes, reçurent des troupes destinées spécialement à défendre l’Assemblée nationale.

Au 1er décembre 1851, les deux régiments casernés dans les baraques de l’Esplanade étaient le 6e et le 42e de ligne ; le 6e, commandé par le colonel Degardarens de Boisse, fameux avant le Deux-Décembre ; le 42e, par le colonel Espinasse, fameux depuis.

La garde nocturne ordinaire du palais de l’Assemblée était composée d’un bataillon d’infanterie et de trente soldats d’artillerie avec un capitaine. Le ministère de la guerre envoyait en outre quelques cavaliers destinés à faire le service d’ordonnances. Deux obusiers et six pièces de canon, avec leurs caissons, étaient rangés dans une petite cour carrée située à droite de la cour d’honneur, et qu’on appelait la cour des canons. Le chef du bataillon commandait cette petite garnison sous les ordres du commandant militaire du palais placé lui-même sous la direction immédiate des questeurs. A la nuit tombée, on verrouillait les grilles et les portes, on posait les sentinelles, on donnait les consignes, et le palais était fermé comme une citadelle. Le mot d’ordre était le même que celui de la place de Paris.

Les consignes spéciales rédigées par les questeurs interdisaient l’entrée d’aucune force armée autre que la troupe de service.

Dans la nuit du 1er au 2 décembre, le palais législatif était gardé par un bataillon du 42e.