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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/244

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232 NOTES DE L’EDITEUR. C’était exact. Lanvin avait dû renoncer à son état de typographe à cause d’un affaiblissement de la vue et était alors employé comme porteur du compte rendu de la chambre au journal l’Apmhlée iiat’ionak. Mais aussitôt le commissaire manifesta sa surprise : «Pourquoi ce changement de profession ? pourquoi cette fausse indication ?

Etes-vous bien Lanvin ? Un 

instant : avant de vous remettre le papier pour la préfecture, apportez-moi un certificat du gérant du journal constatant votre identité et les fonctions que vous remplissez. » La formalité était aisée à remplir, mais aussitôt après, des agents de police s’étaient présentés chez Lanvin, l’avaient interrogé, lui avaient demandé pourquoi il voulait un passeport pour Bruxelles. — Pour gagner un peu plus à l’étranger, répondit-il. — Mais quand partirez-vous ? — Quand j’aurai fait quelques rentrées d’argent. Enfin , après des courses et des démarches, Lanvin put retirer son passeport et le remit à ’^ictor Hugo. Le II décembre, à 8 heures du soir, Victor Hugo partait pour Bruxelles sous le nom de Lanvin, et le 12, à 7 heures du matin , il disait dans une lettre à sa femme : « Ecris-moi à cette adresse : M. Lanvin, Bruxelles , polie reliante, i^ Une note écrite par ’^ictor Hugo nous apprend que Lanvin a été récompense de son dévouement : J’avais , en quittant Paris , une inquiétude au sujet du brave Lanvin qui m’avait prêté son passeport ; je reçus à Bruxelles cette lettre qui me tranquillisa : «Paris, 25 décembre. «Rassure-toi, toi seul as couru des dangers, Lanvin n’en a couru aucun. Au contraire, il est récompensé, et c’est juste. Il a bien t.iit de te prêter son passeport. Je peux lui donner une place, et je la lui donne. Et à cette place est attachée, pour l’avenir, une petite pension de retraite. Ce brave Lanvin devra cela à sa bonne action, et à toi. Tu vois que les proscrits ont le bras long. Je t’embrasse et je te suis dévoué. «Ton cousin, n.dolphe TrÉbuchet.» ’ictor Hugo erra à travers la ville, à la recherche d’un gîte, découvrit l’hôtel de la Porte-crtc, loua la chambre 9, à côté de celle d’un autre représentant proscrit, Versigny, et se contenta d’un lit et de deux chaises. 11 se rappelait que Charles Rogicr lui avait fait une visite il y avait vingt ans rue Jean-Goujon ; quelle excellente occasion pour la lui rendre et connaître un peu les dispositions du gouvernement belge à l’égard des proscrits ! M. Rogicr était alors ministre de l’intérieur. L’accueil fut cordial ; Victor Hugo voulut cependant reconnaître un peu le terrain. Il avait en effet de grands projets. N’allait-il pas se heurter à la timidité d’un petit état redoutant toujours le voisinage d’un grand ? Très résolument il annonça à son interlocuteur qu’il venait à Bruxelles, mais sans condition, que son intention était de faire l’histoire de ce qui venait de se passer et de ce qu’il avait vu ; qu’il ne se déciderait à cette publication qu’autant qu’elle n’aggraverait pas le sort de ses fils, détenus en ce moment à la Conciergerie pour délits de presse, en compagnie de Paul Meurice et de ’acquerie. Rogier dressa l’oreille. Cette publication lui paraissait devoir créer de graves embarras à la Belgique, ^’ictor Hugo promit alors que , s’il donnait suite à son projet, il irait à Londres. La conversation se termina très familièrement et sur un ton plaisant, le ministre offrit des chemises à Victor Hugo qui était arrivé sans linge et sans vêtements. I CorrelpoaJame.