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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/208

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196 . NAPOLÉON-LE-PETIT.

çats, abolit les supplices, dégrade et flétrit la guerre, émousse les ducs d’Albe et les Charles IX, arrache les grifFes aux tyrans. Ce siècle proclame la souveraineté du citoyen et l’inviolabilité de la vie ; il couronne le peuple et sacre l’homme.

Dans l’art il a tous les génies : écrivains, orateurs, poètes, historiens, publicistes, philosophes, peintres, statuaires, musiciens ; la majesté, la grâce, la puissance, la force, l’éclat, la profondeur, la couleur, la forme, le style ; il se retrempe à la fois dans le réel et dans l’idéal, et porte à la main les deux foudres, le vrai et le beau. Dans la science il accomplit tous les miracles ; il fait du coton un salpêtre, de la vapeur un cheval, de la pile de Volu un ouvrier, du fluide électrique un messager, du soleil un peintre ; il s’arrose avec l’eau souterraine en attendant qu’il se chauffée avec le feu central ; il ouvre sur les deux infinis ces deux fenêtres, le télescope sur l’infiniment grand, le microscope sur l’infiniment petit, et il trouve dans le premier abîme des astres et dans le second abîme des insectes qui lui prouvent Dieu. Il supprime la durée, il supprime la distance, il supprime la soufi^rance ; il écrit une lettre de Paris à Londres, et il a la réponse en dix minutes ; il coupe une cuisse à un homme, l’homme chante et sourit. Il n’a plus qu’à réaliser — - et il y touche — un progrès qui n’est rien à côté des autres miracles qu’il a déjà faits, il n’a qu’à trouver le moyen de diriger dans une masse d’air une bulle d’air plus léger ; il a déjà la bulle d’air, il la tient emprisonnée ; il n’a plus qu’à trouver la force impulsive, qu’à faire le vide devant le ballon, par exemple, qu’à brûler l’air devant l’aérostat comme fait la fusée devant elle ; il n’a plus qu’à résoudre d’une façon quelconque ce problème, et il le résoudra, et savez-vous ce qui arrive alors. à l’instant même les frontières s’évanouissent, les barrières s’efFacent, tout ce qui est muraille de la Chine autour de la pensée, autour du commerce, autour de l’industrie, autour des nationalités, autour du progrès, s’écroule ; en dépit des censures, en dépit des index, il pleut des livres et des journaux partout ; Voltaire, Diderot, Rousseau, tombent en grêle sur Rome, sur Naples, sur Vienne, sur Pétersbourg ; le verbe humain est manne et le serf le ramasse dans le sillon ; les fanatismes meurent, l’oppression est impossible ; l’homme se traînait à terre, il échappe ; la civilisation se tait nuée d’oiseaux et s’envole, et tourbillonne, et s’abat joyeuse sur tous les points du globe à la fois ; tenez, la voilà, elle passe, braquez vos canons, vieux despotismes, elle vous dédaigne ; vous n’êtes que le boulet, elle est l’éclair ; plus de haines, plus d’intérêts s’cntre-dévorant, plus de guerres ; une sorte de vie nouvelle, faite de concorde et de lumière, emporte et apaise le monde ; la fraternité des peuples traverse les espaces et communie dans l’éternel azur, les hommes se mêlent dans les cieux.