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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/124

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L’homme qui assassine véritablement Napoléon, c’est Louis Bonaparte ; Hudson Lowe n’avait tué que sa vie, Louis Bonaparte tue sa gloire. Ah ! le malheureux ! il prend tout, il use tout, il salit tout, il déshonore tout. Il choisit pour son guet-apens le mois, le jour d’Austerlitz. Il revient de Satory comme on revient d’Aboukir. Il fait sortir du 2 décembre je ne sais quel oiseau de nuit, et il le perche sur le drapeau de la France, et il dit : Soldats, voilà l’aigle. Il emprunte à Napoléon le chapeau et à Murat le plumet. Il a son étiquette impériale, ses chambellans, ses aides de camp, ses courtisans. Sous l’empereur c’étaient des rois, sous lui ce sont des laquais. Il a sa politique à lui ; il a son treize vendémiaire à lui ; il a son dix-huit brumaire à lui. Il se compare. A l’Elysée, Napoléon-le-Grand a disparu ; on dit l’oncle Napoléon. L’homme du destin est passé Géronte. Le complet, ce n’est pas le premier, c’est celui-ci. Il est évident que le premier n’est venu que pour faire le lit du second. Louis Bonaparte, entouré de valets et de filles accommode pour les besoins de sa table et de son alcôve le couronnement, le sacre, la légion d’honneur, le camp de Boulogne, la colonne Vendôme, Lodi, Arcole, Saint-Jean d’Acre, Eylau, Friedland, Champaubert… – Ah ! français ! regardez le pourceau couvert de fange qui se vautre sur cette peau de lion !