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haies vives, sur laquelle le soleil fait reluire les vitres des chaumières comme des sequins d’or ; des arbres, des vignes, des routes qui s’enfuient ; à gauche, une hauteur boisée dont la forme rappelle la corne du duc de Venise ; pour horizon quinze lieues de montagnes. Il avait plu toute la journée ; mais, quand j’ai été au haut de la colline, le ciel s’est éclairci, et une immense arche de nuages s’est arrondie au-dessus de la sombre flèche toute pénétrée des rayons du soleil.

Au moment où j’allais redescendre, j’ai aperçu un sentier qui s’enfonçait entre deux murailles de rochers à pic. J’ai suivi ce sentier, et, au bout de quelques pas, je me suis trouvé brusquement comme à la fenêtre sur une autre vallée toute différente de celle de Freiburg. On s’en croirait à cent lieues. C’est un vallon sombre, étroit, morose, avec quelques maisons à peine parmi les arbres, resserré de toutes parts entre de hautes collines. Un lourd plafond de nuées s’appuyait sur les croupes espacées des montagnes comme un toit sur des créneaux ; et, par les intervalles des collines, comme par les lucarnes d’une tour énorme, je voyais le ciel bleu.

À propos, à Freiburg, j’ai mangé des truites du Haut-Rhin, qui sont d’excellents petits poissons — et forts jolis : bleus, tachés de rouge.