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Je vous remercie, Monsieur, de votre lettre, où je sens un très noble et très sympathique esprit, et je vous offre l’expression de toute ma cordialité.

Victor Hugo[1].


À Auguste Vacquerie[2].


H.-H., dim. 24 mars.

Voudriez-vous, cher Auguste, transmettre ce mot à M. Ed. Thierry. Ma condition de non censure acceptée, je me livre. Seulement que faire ? La difficulté est ceci, faire jouer un drame par des acteurs de comédie. Faire dire des vers à des lèvres habituées à la prose. — J’ai peur que Hernani ne puisse être monté. Resterait Ruy Blas. Avez-vous vu Meurice ? Vous a-t-il dit son idée, à laquelle je me rallierais ? Autant Hernani, la troupe actuelle des Français étant donnée, lui semble malaisé (sinon impossible), autant Ruy Blas lui semble possible. Ne serait-ce pas la solution ? Qu’en pensez-vous ? — Je vais consulter Bruxelles sur vos indications et comme vous me le conseillez. Il va sans dire que je vous garde un secret absolu. Ma femme et mes fils liront votre lettre et me la renverront, et observeront le silence des muets.

À vous. Ex imo.

Un mot encore, pour quelques questions :

1° Quand la Comédie-Française compte-t-elle jouer Hernani ? Quel temps lui faut-il pour monter cette reprise ?

2° Geffroy[3] désirerait-il le rôle ? un acte de complaisance ne me conviendrait pas.

3° Dans Marion de Lorme, rejouerait-il Louis XIII ?

4° Croyez-vous que M. Delaunay[4] (je ne l’ai jamais vu) pourrait dire les choses âpres et tragiques du montagnard ? (scène avec D. Carlos, 2e acte. — Grandes scènes du 4e acte). Il importe que l’acteur n’éteigne pas certaines lueurs, et n’atténue pas le côté grand. Qu’en pensez-vous ?

5° Puis-je être sûr que M. L. B. ne viendra pas à la représentation ?

Il va sans dire que dans le cas de Ruy Blas, Mlle Favart[5] jouerait la reine. Remerciez-la de ses bonnes grâces charmantes pour moi[6].

  1. Le dernier paragraphe n’existe pas sur le brouillon que nous avons sous les yeux, mais il a été reproduit d’après les Archives de la famille de Victor Hugo.
  2. Inédite.
  3. Geffroy, alors sociétaire du Théâtre-Français, avait joué, en 1838, Louis XIII dans Marion de Lorme.
  4. Delaunay était surtout un acteur de comédie ; incomparable, paraît-il, dans les grands amoureux du répertoire classique, il ne semblait pas désigné pour le théâtre romantique. Son grand talent vainquit la difficulté.
  5. Mlle Favart, tragédienne et comédienne, eut un triomphe dans Doña Sol.
  6. Bibliothèque Nationale.