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la tempête pour venir me voir, M. Van Heddighem, vous le remettra en mains propres. Comment vous remercier de cette acceptation ? J’ai eu les larmes aux yeux en lisant votre tendre et élégante page.

À vous, ex imo.
Victor Hugo[1].


À Michelet.


Hauteville-House, 9 mars.

Cher philosophe, encore un beau livre ![2] Vous êtes fécond parce que vous êtes puissant, et vous êtes infatigable parce que vous êtes convaincu. La foi, c’est la force. Votre foi me paraît être plutôt dans la nature que dans l’humanité ; quant à moi, je ne choisis pas. Ce sont deux grandes âmes. La nuance entre nous, c’est que vous croyez à la décadence. Moi je crois à l’ascension.

C’est là plus qu’une nuance, direz-vous. Mais il y a entre nous ce profond trait d’union : Conscience et Liberté.

J’applaudis vos fortes et belles œuvres du fond du cœur.

Victor Hugo[3].


À Gaston Tissandier[4].


Hauteville-House, 9 mars 1869.

Je crois, monsieur, à tout le progrès. La navigation aérienne est consécutive à la navigation océanique ; de l’eau l’homme doit passer à l’air. Partout où la création lui sera respirable, l’homme pénétrera dans la création. Notre seule limite est la vie. Là où cesse la colonne d’air dont la pression empêche notre machine d’éclater, l’homme doit s’arrêter. Mais il peut, doit et veut aller jusque-là, et il ira. Vous le prouvez. Je prends le plus grand intérêt à vos utiles et vaillants voyages perpendiculaires. Votre ingénieux et hardi compagnon, M. W. de Fonvielle[5], a comme M. Victor Meunier, l’instinct supérieur de la science vraie. Moi aussi, j’aurais le goût superbe de l’aven-

  1. Clément Janin. — Victor Hugo en exil
  2. La Montagne.
  3. J.-M. Carré. Michelet et son temps. — Musée Carnavalet.
  4. Savant météorologiste et aéronaute.
  5. Wilfrid de Fonvielle fit avec Gaston Tissandier une ascension célèbre en 1869.