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sur l’affiche. Aujourd’hui le théâtre, ayant honte bue, fera la sourde oreille. Mais le public, non. Vous prenez acte hautement de la lâcheté commise, du dol et du vol, de cette petite turpitude jésuite étranglant Hierro entre deux portes. Qui est maître aujourd’hui dans la maison de Molière ? c’est Tartufe. Il s’appelle Édouard Thierry, a fait ses Pâques entre deux portants, recevant de Dupanloup l’hostie, et de Rouher le mot d’ordre. Je vous remercie de flétrir ça, et je suis certain que, puissant comme vous l’êtes par la conviction et le talent, vous continuerez. Je vous ai écrit sur votre beau livre les Derniers Montagnards. Avez-vous reçu ma lettre ? Je vous ai fait des envois. Vous sont-ils arrivés ? Vous en trouverez encore un dans cette lettre, au verso ci-joint[1], si le cabinet noir n’intervient pas. Je suis un pestiféré, je suis en quarantaine, la police crible mes lettres, la poste vole l’argent de mes timbres-poste, depuis deux mois j’ai dépensé deux cents francs en stamps, et il n’est pas arrivé de mes messages à mes amis pour dix francs ! Telle est l’honnêteté du gouvernement dit impérial. C’est égal, je vous aime de tout mon cœur.

Victor Hugo[2].


À François-Victor[3].


H.-H., 16 janvier.

Victor, tu ne lis plus les journaux anglais. J’y suis passé à l’état de « grand bon homme». Ils m’appellent great good man, comme autrefois leur Wellington. Les journaux illustrés publient la gravure du dîner des 6 000 enfants de Marylebone, et Punch lui-même, tout royaliste qu’il est, glorifie Ruy Blas. — Vous trouverez sous ce pli, mes bien-aimés, une traite de 800 fr. à l’ordre de François V. sur Mallet frères. Comme Victor le désire j’envoie à Adèle 500 fr. faisant trois mois d’avance (février, mars, avril) 450 fr. plus un boni de 50 fr. que je lui laisse. Il y aura lieu en conséquence de reprendre et de compter dans l’argent de la maison les 125 fr. déjà avancés à Ad. pour février et qui feraient double emploi[4]. — Je rappelle à Victor qu’il ne m’a pas envoyé la quittance de loyer du 1er janvier.

Envoyez à votre mère, par votre plus prochaine lettre, la lettre de Julie que voici. — J’espère que vous êtes toujours heureux et joyeux, que Georges Ier grandit et que Georges II grossit. — Serrez toutes les mains

  1. Coupure de journal contenant la lettre de Chilly sur Ruy Blas et la réponse de Victor Hugo.
  2. Collection Jules Claretie.
  3. Inédite.
  4. Suit le détail des comptes.