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Ta mère me lit tes lettres. Fais-les bien longues. Nous vivons de ta vie là-bas. Moi, c’est à peine si je puis écrire. Je t’embrasse bien tendrement, et j’embrasse ton mari, et je mets mes plus tendres hommages aux pieds de l’excellente madame Lefèvre.

Ton père,
V.[1]
16 mars [1843].


À Charles Vacquerie.

Voici, mon bon Charles, une lettre que j’écris à votre digne mère. Veuillez, je vous prie, la lui remettre. Je reçois la vôtre en ce moment, et je vous en remercie. Au milieu des douleurs qui vous accablent[2], je suis heureux que ma fille vous rende heureux. C’est une douce et charmante enfant ; elle est digne de vous ; vous êtes digne d’elle. Aimez-vous toujours. La vie entière est dans ce mot.

A vous du fond du cœur.

V. H.[3]
23 mars [1843].


À Léopoldine.


Paris, 21 avril [1843].

Ne dis jamais, même en plaisantant, ma fille bien-aimée, que je t’oublie. Si je t’écris peu, c’est peut-être pour trop penser à toi.

J’ai souvent avec toi à ton insu de longs et doux entretiens ; je t’envoie d’ici, la nuit, dans le silence, des bénédictions qui te parviennent, j’en suis bien sûr, et qui te font mieux dormir, et qui te font mieux aimer. Je te l’ai déjà dit, tu reçois de ces lettres-là à chaque instant.

Quant aux autres lettres, à celles qu’on écrit sur du papier et que la poste porte, elles sont si froides en comparaison, elles sont si incomplètes, si obscurcies par les ombres de toute sorte que répand la vie ! Vraiment, ma

  1. Archives de la famille de Victor Hugo.
  2. Charles Vacquerie venait de perdre son père.
  3. Archives de la famille de Victor Hugo.