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Courage, messieurs, courage ! vous êtes de la génération qui a l’avenir. En philosophie, en littérature, en religion, vous ferez de grandes choses. En politique, vous achèverez les ébauches ; en littérature, vous continuerez l’œuvre. Depuis longtemps, dans tout ce que j’écris, j’appelle à grands cris le jour où l’on substituera les questions sociales aux questions politiques, le jour où, entre le parti de la Restauration et le parti de la Révolution, le parti de la civilisation surgira. Ce jour-là, ce sera votre jour ; ce parti-là, ce sera vous.

Quoi qu’on en dise, l’époque où nous vivons est une belle époque. L’art et la pensée n’ont en aucun temps monté plus haut. Il y a partout de grands commencements de tout. Félicitez-vous, car vous aurez plus d’une sainte tâche à remplir. Pour moi, je vois sans anxiété les innombrables questions qui s’agitent de toutes parts ; car je pressens l’esprit des nouvelles générations, et je sais que vous arrivez les mains pleines de solutions.

Vous êtes penseur et vous êtes poëte, monsieur. Je me félicite d’avoir eu cette occasion de causer un moment avec vous.

Recevez, je vous prie, l’assurance de mes sentiments les plus affectueux et les plus distingués.

Victor Hugo[1].


À Léopoldine.
Ce dimanche 12 [Mai 1839].

Envoie, je te prie, ma Didine chérie, à ton amie Clémentine le billet ci-inclus pour son frère qui m’a adressé de jolis vers et dont j’ignore l’adresse. Dis à ta bonne mère que j’ai vu ce matin Charles et Toto. M. Prieur les a réclamés pour la journée. Le thème de concours de Charles est très bien, mais il a malheureusement fait deux solécismes. Cependant rien n’est désespéré.

Dis aussi à ta mère que j’ai oublié sur ma cheminée la lettre pour l’épicier.

A bientôt, chère enfant. Je vous embrasse tous tendrement.

Ton petit père,
V.[2]


À Léopoldine.


Mardi, 25 juin, 8 h. du soir (1839].

Je te réponds tout de suite, chère enfant, afin que cette lettre t’arrive avant ton départ. Ton petit billet m’a fait bien plaisir. Tu t’amuses, tu es

  1. Coupure de journal. Archives de la famille de Victor Hugo.
  2. Archives de la famille de Victor Hugo.