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J’irai vous chercher, mon ami. J’irai causer avec vous de cela et de tant d’autres choses pour lesquelles j’ai besoin de vos conseils et de votre amitié. Votre amitié est encore un des meilleurs endroits de ma vie. Je n’y songe jamais qu’avec attendrissement. Je relisais l’autre jour les Consolations. Où est-il ce beau passé ? Ce qui ne passe pas, c’est un souvenir comme le vôtre dans un cœur comme le mien. Adieu, croyez bien que je n’ai jamais été plus digne d’être aimé de vous[1].


À Monsieur Jouslin de la Salle[2]


21 mars 1833.
Monsieur,

Permettez-moi de vous adresser et de vous recommander le jeune auteur d’une tragédie intitulée James Douglas, M. Esquiros[3]. Le Théâtre-Français me paraît spécialement institué pour encourager les jeunes auteurs dans la voie de la poésie et de l’art. M. Esquiros est de ceux qui méritent qu’on lui aplanisse le chemin. Je serai heureux d’apprendre qu’il a trouvé bon accueil auprès de vous, monsieur.

Agréez, je vous prie, l’assurance de mes sentiments distingués.

Victor Hugo[4].


À Victor Pavie.


Paris, 31 mars 1833.

Il y a des siècles que je veux vous écrire, mon ami. J’ai vraiment avec vous, que j’aime le mieux, l’apparence d’un homme oublieux, négligent, distrait, absorbé par sa propre chose, et je vous assure pourtant que rien n’est moins vrai. J’ai toujours pour les vrais amis que je me sais, — et vous êtes des meilleurs et des plus chers, — j’ai toujours un souvenir profond, continuel, doux et triste, dont je me remplis le cœur dans mes heures de

  1. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  2. Directeur-gérant du Théâtre-Français.
  3. Nous ne trouvons pas trace de cette tragédie ; Esquiros publia en 1834 un volume de vers, les Hirondelles ; mais il abandonna bientôt la poésie pour la politique ; ses écrits socialistes lui valurent plusieurs condamnations. De Sainte-Pélagie, il adressa à Victor Hugo de nombreuses lettres qui démontrent l’intérêt que le poète portait au prisonnier. Il devint représentant du peuple en 1848 et fut exilé au coup d’état. Il a laissé des études historiques et philosophiques assez oubliées.
  4. Archives de la Comédie-Française.