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vous ou Magnin fassiez un article sur la pièce imprimée, dans une semaine ou deux, quand l’article de Rolle[1] sera assez complètement oublié pour que le journal n’ait pas l’air de se contredire.

Adieu, mon pauvre ami. Voilà bien des services que je vous demande à la fois, et je dois vous excéder. Mais vous êtes encore l’ami sur lequel je compte le plus, et je demande tous les jours au ciel une occasion de vous rendre tous les bons offices de cœur que je vous dois.

Je me remets tout entier dans vos mains.

Votre ami à toujours,
Victor[2].


À Monsieur le baron Taylor.


3 décembre [1832]. Lundi.

Tout ce qui est arrivé, mon cher Taylor, n’a pas dépendu de vous, ni de la Comédie, je le sais. Je vais cependant être obligé d’intenter un procès au Théâtre-Français en dommages-intérêts, parce que c’est malheureusement le seul moyen de faire le procès politique au ministère. Cependant je reste votre ami. Odilon Barrot[3] plaidera pour moi, l’affaire aura beaucoup de retentissement et d’éclat, mais je ne voudrais pas qu’il fût rien dit qui pût vous nuire et vous compromettre, vous personnellement. Je sens le besoin de m’entendre avec vous sur cela, je me mets dans votre position et je crois de mon devoir d’ami et d’honnête homme d’agir avec vous comme je voudrais que vous agissiez avec moi si vous étiez à ma place et moi à la vôtre. Guerre loyale et acharnée au pouvoir, mais tous les ménagements possibles et conciliables avec les besoins de la cause pour vous, Taylor, que j’aime et que j’estime. Venez donc me voir et déjeuner avec moi demain matin si vous pouvez. Je vous attendrai jusqu’à onze heures.

Vous recevrez avec ce billet votre exemplaire du Roi s’amuse et de Notre-Dame de Paris.

Je vous serre la main.

Victor Hugo[4].
  1. Article très violent, non signé, dans le National, 25 novembre 1832. — Rolle débuta comme journaliste en 1826, au Figaro, collabora au National en 1832, puis au Constitutionnel, à l’Ordre. Très hostile au mouvement romantique, sa critique était de parti pris et principalement malveillante pour Victor Hugo. Il devint sous l’empire conservateur de la Bibliothèque de la Ville de Paris.
  2. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  3. Odilon Barrot, avocat aux Conseils du roi et à la cour de cassation en 1814, préfet de la Seine sous la monarchie de Juillet et président du conseil sous le ministère de Louis Bonaparte. — Odilon Barrot était sincèrement dévoué à Victor Hugo ; nous avons eu sous les yeux cinq lettres de l’avocat qui en font foi, la dernière est du 9 septembre 1843 ; puis l’exil du poète mit fin à leurs relations.
  4. Archives de la famille de Victor Hugo.