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À Monsieur le baron de Malaret,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux.


Paris, 21 juillet 1825.
Monsieur le baron,

Je ne reçois qu’aujourd’hui votre aimable lettre du 20 juin ; j’attends encore le recueil.

Je le lirai avec une vive satisfaction, certain d’y trouver une agréable compensation de la médiocrité des concours des années précédentes.

Quand je parle de la faiblesse des concours précédents, c’est presque une ingratitude de ma part, puisque sans cette indulgence de l’Académie, je n’aurais pas avec vous, monsieur le baron, l’honneur d’une confraternité qui est certainement un de mes plus précieux titres. Mais vous excuserez cette franchise qui d’ailleurs ne pourrait blesser que les lauréats. L’Académie ne peut pas créer des poètes : elle ne peut que les couronner.

Cependant, monsieur, l’Académie des Jeux Floraux exerce depuis trois cents ans sur les lettres une salutaire influence ; et il est douteux que cet éloge soit mérité au même degré par sa vaniteuse sœur cadette, l’Académie française.

La connaissance personnelle que j’ai de tout votre mérite me donne la conviction que nous verrons s’étendre et s’accroître cette influence sous votre gestion. Vous êtes maintenant, en quelque sorte, le guide d’un corps poétique qui peut acquérir une grande importance en se plaçant à la tête du mouvement littéraire qui renouvelle de nos jours le domaine de la pensée. L’Académie des Jeux Floraux, fondée par des troubadours et instituée par une femme, est toute nationale, toute poétique par son origine : elle doit être toute nationale, toute poétique dans son action.

Voilà le but, monsieur le baron, auquel vous me trouverez toujours empressé de coopérer. Je suis fort peu de chose, mais votre aide et votre suffrage me donneront quelque valeur.

Veuillez croire que personne n’est flatté plus que moi des nouvelles relations qui vont s’établir entre nous, et agréer l’assurance des sentiments respectueux avec lesquels j’ai l’honneur d’être

Votre très humble serviteur et très indigne confrère,

Victor Hugo.