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À M. le Rédacteur de la Gazette de France.


10 août 1824.

Monsieur, j’avais envoyé le 31 juillet à M. le Rédacteur du Journal des Débats la lettre ci-jointe. Afin de ne pas prolonger une discussion que je n’avais pourtant point provoquée, je me bornais à relever les principales erreurs matérielles commises à mon égard par M. Z… dans ses deux publications du 26 et du 31 juillet. Je ne croyais point que ces inexactitudes, soit dans les allégations, soit dans les citations, fussent volontaires de la part de M. Z…, et j’étais bien loin de le ranger parmi ceux qui pensent que le meilleur moyen de prouver aux gens qu’ils ont le nez trop court, est de le leur couper. J’attendais donc avec confiance l’insertion de cette lettre au Journal des Débats.

Aujourd’hui, après dix jours d’attente, M. le Rédacteur des Débats me fait savoir qu’il ne peut imprimer ma lettre, M. Z... désirant qu’elle ne paraisse pas. Je ne blâme nullement M. le Rédacteur d’avoir plutôt égard à l’opposition de son collaborateur qu’à mon invitation. C’est M. Z…, qui s’oppose formellement à la publication d’une lettre où l’on relève les erreurs de M. Z…, et j’en veux laisser tout l’honneur à M. Z… Je crains seulement que cette circonstance n’ajoute pas beaucoup à sa réputation, si méritée, d’homme d’esprit.

J’étais loin de supposer à ma lettre toute l’importance qu’y attache M. Z… Tout en regrettant d’être contraint d’occuper encore de moi le public, je ne puis m’empêcher de provoquer son jugement sur les motifs qui ont pu porter un critique distingué à un acte, en apparence, peu digne de lui. Je ne me croyais pas si formidable ; M. Z… me donne de la présomption, et m’expose à répéter le charmant vers de La Fontaine :


Je suis donc un foudre de guerre !

Cette guerre était, ce me semble, bien innocente et bien inoffensive de part et d’autre. Mon adversaire la termine un peu brusquement : je ne m’en plains pas, puisque, comme M. Z… le prouve si bien dans son article du 31 juillet, la politesse et la courtoisie sont romantiques. M. Z… est, à juste