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l’Europe. Voilà le service que j’aurai à ajouter à toutes les reconnaissances que je vous dois déjà. Il faudrait que la réclamation que vous voudrez bien faire, en votre qualité de secrétaire perpétuel de l’Académie, fût adressée à M. le ministre de l’Intérieur (bureau des Académies) ; elle serait renvoyée au ministère de la Guerre (bureau du recrutement) et j’ai l’assurance qu’elle y serait couronnée d’un plein succès.

En vous demandant pardon d’avance de tous les soins que je vais vous donner, je vous prierai de me donner de vos nouvelles. Eh bien, Toulouse a-t-elle été bien fière de son Soumet ? Rességuier, qui est aussi aimable dans sa personne que dans ses lettres, vous en parlera plus au long selon votre désir. Je vais, moi, faire envoyer à l’Académie un exemplaire de ce recueil que vous avez jugé avec tant d’indulgence ; je vous prie de m’excuser, près de nos confrères, de l’incurable négligence de mon libraire. Je prépare une seconde édition où il y aura des changements et des corrections. Il n’y a en moi qu’une chose qui ne puisse être changée, c’est mon tendre attachement pour ceux que j’aime et en particulier pour vous, mon cher et excellent confrère.

Le plus dévoué de vos amis et de vos serviteurs,

Victor-M. Hugo.

Ma femme a été on ne peut plus sensible à vos aimables compliments et me charge de vous en remercier.


Au général Hugo.


Ce 20 décembre 1822.
Mon cher papa,

C’est auprès du lit d’Eugène malade et dangereusement malade que je t’écris. Le déplorable état de sa raison, dont je t’avais si souvent entretenu, empirait depuis plusieurs mois d’une manière qui nous alarmait tous profondément, sans que nous pussions y porter sérieusement remède, puisqu’ayant conservé le libre exercice de sa volonté, il se refusait obstinément à tous les secours et à tous les soins. Son amour pour la solitude poussé à un excès effrayant a hâté une crise qui sera peut-être salutaire, du moins il faut l’espérer, mais qui n’en est pas moins extrêmement grave et le laissera pour longtemps dans une position bien délicate. Abel et M. Foucher t’écriront