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Adieu, cher papa, j’attends avec impatience ton poëme[1] et les conseils que tu m’annonces. Je te remercie vivement de toute la peine que je te cause. Ils pourront m’être fort utiles pour ma seconde édition à laquelle je vais bientôt songer, car celle-ci s’épuise avec une rapidité que j’étais loin d’espérer. Crois-tu qu’il s’en vendrait à Blois ?

Le papier me manque pour te parler de mes grands projets littéraires, mais non pour te renouveler la tendre assurance de mon respect et de mon amour. Je t’embrasse.

Ton fils soumis,
Victor.

J’ai envoyé au colonel[2] un exemplaire avant d’avoir reçu ta lettre[3].


Monsieur le général Hugo,
à sa terre de Saint-Lavare, près Blois[4].
Paris, 18 juillet 1822.
Mon cher papa.

Je suis dans la joie, et je m’empresse de t’écrire pour que tu sois heureux de mon bonheur, toi qui y as contribué, toi à qui il est réservé de l’achever. J’ai enfin obtenu mon traitement académique. Le Roi m’accorde, ainsi qu’à mon honorable confrère, M. Alex. Soumet, une pension de 1 200 francs sur sa cassette. Je te transmets cette heureuse nouvelle sous le secret, parce qu’une autre pension va m’être incessamment donnée au ministère de l’Intérieur (j’en ai l’assurance positive de M. de Lourdoueix) et qu’il serait à craindre que la publicité de l’une ne gênât l’émission de l’autre. Reçois donc ici, mon bien cher papa, tous les remerciements de ton fils pour ce que tu as fait pour lui dans cette occasion et pour ce que tu vas faire encore ; car c’est maintenant que j’attends tout de ton cœur et de ta bonté.

Oui, cher papa, le moment que dans ta tendresse pour moi, tu as appelé comme moi de tous tes vœux et hâté de tous tes efforts, est venu. Je sais bien que ta sollicitude paternelle va me représenter ici que 1 200 francs ne suffisent pas pour tenir une maison ; mais il faut ajouter à ces 1 200 francs une somme au moins égale, produit de mon travail annuel ; ensuite, mon cher papa, mon intention n’est pas de tenir maison. J’ai la certitude que, sitôt que tu auras fait connaître tes désirs à M. et Mme Foucher, ces bons

  1. La Révolte aux enfers.
  2. Louis Hugo, frère du général, résidait à Tulle, où il mourut en 1853. Il commanda les départements du Cantal et de la Corrèze.
  3. Bibliothèque municipale, Blois.
  4. Inédite.