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Jeudi, 9 heures un quart du soir [29 août].

Tu me demandes ma confiance, mon Adèle bien-aimée ! J’avoue que ce n’est pas sans un profond étonnement que j’ai lu la dernière page de ta lettre. Chère amie, que peux-tu donc avoir à me demander du côté de la confiance ? Il faut bien cependant que ta plainte, car je dois considérer ta prière comme une plainte, ait une apparence de fondement. Peut-être trouves-tu que je ne te parle pas assez, je ne dis pas de mes affaires (elles te sont toutes connues comme à moi-même) mais de mes actions. Si ce n’est pas être trop présomptueux que d’avoir cette idée, Adèle, sois sûre que la sobriété avec laquelle je t’entretiens de mes actions vient uniquement de la crainte de t’ennuyer. Je puis te répéter ce que je t’ai déjà dit, ce que me dit si doucement ta charmante lettre de ce soir, j’agis toujours, mon ange adoré, comme si j’agissais en ta présence. Je n’insiste pas là-dessus parce que j’ai la conviction que tu n’en doutes pas. Ô mon Adèle, si je pouvais être assez heureux pour croire que le détail de mes actions t’offrît quelque intérêt, avec quelle joie ne te le présenterais-je pas, à toi qui les inspires toutes ! Oh oui, à l’avenir, je te dirai tous mes instants ; toutes mes pensées, tu les connais ; elles sont une seule pensée. Mais comment peux-tu me demander sérieusement aujourd’hui 29 août 1822, cette confiance qui est à toi tout entière et qui n’est qu’à toi depuis que j’ai une confiance à donner ! Mon Adèle, est-ce que tu ne sais pas toute mon âme, toute ma vie ? Écoute : toute mon âme, c’est Adèle ; toute ma vie, c’est Adèle. Et comment veux-tu que je puisse avoir, moi, quelque chose à te cacher ? Est-ce que tu n’es pas bien plus moi que je ne le suis moi-même ? Est-ce que toutes mes affaires, toutes mes actions, tous mes sentiments ne viennent pas de toi ? Adèle, ne te plains plus, au risque de t’importuner, je te raconterai à l’avenir toutes les minuties de ma vie, à moins que tu ne me dises que cela te fatigue. Cependant, mon adorée et adorable Adèle, s’il est vrai que tu m’aimes, tout ce qui m’arrive même d’indifférent dans le cours de ces journées que je ne passe pas près de toi, doit t’intéresser. Je sais bien, moi, que c’est un de mes plus doux bonheurs que de savoir chaque soir par ta bouche tout ce que tu as fait dans le jour. Je voudrais même souvent te voir entrer dans plus de détails, mais je crains quelquefois, et cela m’arrête, que tu n’attribues à un esprit d’inquisition, ce