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Jeudi.

On m’obsède tout le jour, et je considère comme perdu tout le temps que je ne passe pas à travailler ou à t’écrire. Cependant, depuis quelques jours je suis coupable et il faut que tu me grondes. Je me lève tard, ce matin encore il était passé huit heures quand je me suis habillé. Il est vrai, Adèle, que je me couche tard, mais ce n’est pas une raison. La véritable est que depuis ces dernières nuits surtout j’ai été visité par de si délicieux rêves que je n’ai pas le courage le matin de m’arracher à la douce impression qu’ils me laissent, je tâche au contraire de la prolonger le plus longtemps possible après mon réveil par de vagues et douces rêveries. C’est en quoi j’ai tort, je ne dois pas employer ainsi pour mon seul bonheur des instants qui appartiennent au travail. Gronde-moi, mais pardonne-moi, chère Adèle, car je te promets que cette paresse d’amour ne me reprendra plus. Je me ferai, s’il le faut, violence, je m’arracherai à la douceur de rêver à toi pour travailler pour toi. D’ailleurs, cette Éthel, c’est toi.

Adieu, tu vois que j’ai à te demander pardon pour des fautes bien plus graves que celles que tu appelles les tiennes.

Adieu, adieu, mon ange chéri, je t’embrasse comme je voudrais que tu m’embrasses.

Ton mari fidèle et respectueux,
Victor.