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m’attend. Songe que tu m’as promis de ne pas te lever de la nuit, songe qu’il me faut tout ton sommeil, songe aux questions que je te ferai demain. — Hélas, Adèle, j’ignore si cette lettre te fera peine ou plaisir ; si elle est ce qu’elle doit être, ce que j’ai voulu la faire, l’expression fidèle de ma pensée, chère amie, elle ne t’affligera pas. Car Dieu m’est témoin qu’il n’y a aucune de mes pensées, même de celles qui t’attristent quelquefois, qui ne soit inspirée par l’amour le plus pur, le plus ardent, le plus jaloux de ton bonheur. Que ne sacrifierais-je pas pour ton bonheur ?

Adieu, mon Adèle, je vais essayer de te retrouver dans quelque songe joyeuse et contente de ton Victor, adieu, ma femme, ange bien-aimé, adieu mon Adèle adorée, je t’embrasse et demain je chercherai un moment pour achever ce papier. Dors bien.


Vendredi , cinq heures et demie du soir.

J’ai éprouvé aujourd’hui beaucoup de difficulté à travailler, chère amie, ce qui ne m’étonne pas, je suis si préoccupé de la soirée d’hier ! Qu’il me tarde de te voir ! Je suis bien inquiet de toi. Je voulais aller aujourd’hui dès ce matin chez toi pour savoir de tes nouvelles, je n’ai pas osé, de crainte de sembler importun. Mon Adèle, que fais-tu en cet instant ? Penses-tu avec quelque joie au moment de nous revoir, il approche, mais à mon gré bien lentement. Oh ! qu’il me tarde d’être auprès de toi ! de lire dans tes yeux si tu m’aimes encore, si tu as pensé à moi depuis hier... hier ! il me semble qu’un siècle s’est écoulé depuis que je ne t’ai vue. Où est notre félicité de Gentilly ? Dans deux mois il est vrai... mais que deux mois sont longs ! Adieu, mon Adèle bien-aimée. Je t’embrasse mille fois et je t’embrasse encore.

Ton mari[1].
  1. Collection Louis Barthou.