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parlé dans le temps, et qui m’occupa jusqu’à la fin de novembre. En décembre dernier, j’ai fait une ode sur la peste[1] que l’Académie des Jeux Floraux m’a demandée pour l’une de ses séances publiques. Et enfin, au 1er janvier, je voulais me remettre à ma tragédie quand le même ami dont je t’ai parlé plus haut est venu me proposer de tirer une comédie de l’admirable roman de Kenilworth ; que tu as lu[2]. Cet ouvrage pouvant rapporter plusieurs milliers de francs, j’ai accepté d’y coopérer, et au moment où je te parle j’en ai terminé les deux premiers actes. Si Soumet était moins occupé qu’il ne l’est par sa tragédie de Clytemnestre, notre comédie dont je fais trois actes et lui deux, pourrait être finie dans un mois et jouée dans six. Mais elle resterait anonyme. Je n’ai consenti à faire cet ouvrage, mon amie, que pour toi et afin de prouver à tes parents que les lettres sont bonnes à quelque chose.

Adieu, je suis bien pressé ; désormais, mon Adèle adorée, attends de ton mari une confiance entière ; je te montrerai mes ouvrages si cela t’intéresse, je te dirai mes projets, je te parlerai même des chagrins que me donnent mes frères. L’égoïsme et l’ingratitude sont deux tristes choses. Adieu, ne crains jamais d’être indiscrète ; tes questions me feront toujours plaisir. Je t’aime plus qu’on n’a jamais aimé. Daigne me permettre de t’embrasser.

Si tu ne peux lire ce griffonnage, songe que je suis bien pressé. Il est sept heures et quart, et je ne suis pas habillé. Adieu. Adieu.

  1. Le Dénouement d’Odes et Ballades.
  2. Amy Robsart.