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Manifestation tumultueuse à l’Hôtel de Ville. Trochu se retire. Rostan vient me dire que la mobile bretonne tire sur le peuple. J’en doute. J’irai moi-même s’il le faut.

J’en reviens. Il y a eu attaque simultanée des deux côtés. J’ai dit à des combattants qui me consultaient : — Je ne reconnais pour français que les fusils qui sont tournés du côté des prussiens.

Rostan m’a dit : — Je viens mettre mon bataillon à votre disposition. Nous sommes cinq cents hommes. Où voulez-vous que nous allions ? — Je lui ai demandé : — Où êtes-vous en ce moment ? Il m’a répondu : — On nous a massés du côté de Saint-Denis qu’on bombarde. Nous sommes à la Villette. Je lui ai dit : — Restez-y. C’est là que je vous eusse envoyés. Ne marchez pas contre l’Hôtel de Ville, marchez contre la Prusse.


23 janvier. — Hier soir, conférence chez moi. Outre mes convives du dimanche, Rochefort et son secrétaire Mourot avaient dîné avec moi. Sont venus le soir Rey et Gambon. Ils m’ont apporté, avec prière d’y adhérer, l’un le programme affiche de Ledru-Rollin (assemblée de 200 membres), l’autre, le programme de l’Union républicaine (50 membres). J’ai déclaré n’approuver ni l’une ni l’autre des deux solutions.

Chanzy est battu. Bourbaki réussit. Mais ni l’un ni l’autre ne marchent sur Paris. Énigme dont je crois entrevoir le secret.

Un inventeur vient de m’apporter un projet de bouclier-barricade en fer pour les troupes en ligne de bataille.

Le bombardement semble interrompu.


24 janvier. — Ce matin, Flourens est venu. Il m’a demandé conseil. Je lui ai dit : — Nulle pression violente sur la situation.


25 janvier. — On dit Flourens arrêté. Il l’aurait été en sortant de me voir.

J’ai fait manger deux œufs frais à Georges et à Jeanne.

M. Dorian est venu ce matin voir mes fils au pavillon de Rohan. Il leur a annoncé la capitulation imminente. Affreuses nouvelles du dehors. Chanzy battu, Faidherbe battu, Bourbaki refoulé.


27 janvier. — Schœlcher est venu m’annoncer qu’il donnait sa démission de colonel de la légion d’artillerie.

On est encore venu me demander de me mettre à la tête d’une manifestation contre l’Hôtel de Ville. J’ai refusé. Toutes sortes de bruits courent. J’invite tout le monde au calme et à l’union.