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Je vais me faire faire un capuchon. Ce que je crains, c’est le froid de la nuit.

J’ai fait les ombres chinoises à Georges et à Jeanne. Jeanne a beaucoup ri de l’ombre et des grimaces du profil ; mais, quand elle a vu que c’était moi, elle a pleuré et crié. Elle avait l’air de me dire : Je ne veux pas que tu sois un fantôme ! Pauvre doux ange ! elle pressent peut-être la bataille prochaine.

Hier nous avons mangé du cerf ; avant-hier, de l’ours ; les deux jours précédents, de l’antilope. Ce sont des cadeaux du Jardin des Plantes.

Ce soir, à onze heures, canonnade. Violente et courte.


4 décembre. — On vient de coller à ma porte une affiche indiquant les précautions à prendre en cas de bombardement. C’est le titre de l’affiche.

Temps d’arrêt dans le combat. Notre armée a repassé la Marne.

Petite Jeanne va très bien à quatre pattes et dit très bien papa.


5 décembre. — Je viens de voir passer, à vide et allant chercher son chargement, un magnifique corbillard drapé portant un H entouré d’étoiles, en argent sur velours noir. Un romain rentrerait.

Gautier est venu dîner avec moi ; après le dîner sont venus Banville et Coppée.

Mauvaises nouvelles. Orléans nous est repris. N’importe. Persistons.


7 décembre. — J’ai eu à dîner Gautier, Banville, François Coppée. Après le dîner, Asselineau. Je leur ai lu Floréal et l’Égout de Rome.


8 décembre.La Patrie en danger[1] cesse de paraître. Faute de lecteurs, dit Blanqui.

M. Maurice Lachâtre, éditeur, est venu me faire des offres pour mon prochain livre. Il m’a envoyé son Dictionnaire et l’Histoire de la Révolution par Louis Blanc. Je lui donne Napoléon le Petit et les Châtiments.


9 décembre. — Cette nuit, je me suis réveillé et j’ai fait des vers. En même temps, j’entendais le canon.

M. Bowes vient me voir. Le correspondant du Times qui est à Versailles lui écrit que les canons pour le bombardement de Paris sont arrivés. Ce sont des canons Krupp. Ils attendent des affûts. Ils sont rangés dans l’arsenal prussien de Versailles, écrit cet anglais, l’un à côté de l’autre comme des bouteilles dans une cave.

  1. Rédacteur en chef : Blanqui. (Note de l’éditeur.)