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Tant qu’il ne s’est agi que de ce malheureux Teste, je vous ai parlé le langage de la pitié, je vous parle maintenant le langage de l’équité, de la stricte et sévère équité.

Tenez compte, je vous en conjure, tenez compte au général Cubières de soixante années d’honneur, tenez-lui compte du supplice qu’il a subi, de cette torture de quatre ans dans les mains hideuses de Parmentier, de cette exposition publique sur ce banc pendant quatre jours ; tenez-lui compte de cette injuste accusation d’escroquerie, qui a été aussi un supplice ; tenez-lui compte de son hésitation généreuse à perdre Teste en se sauvant ; tenez-lui compte enfin de sa conduite héroïque sur le champ de bataille de Waterloo, où je regrette qu’il ne soit pas resté !

Je propose formellement d’appliquer à M. Cubières les dispositions de l’article 401, combiné avec l’article 42, c’est-à-dire l’interdiction des droits civils et civiques pendant dix ans. Je vote contre la dégradation civique.

Comte Jaubert. — Dans le même sens que moi.

Hipp. Passy. — Comme moi. On ne corrompt pas les ministres, on les trouve tout corrompus.

Le président Boullet. — Je veux punir de la même peine le corrompu et le corrupteur.

Comte A. de Saint-Priest. — Général Gourgaud. — Comte de Bondy. — Général Bergeron. — Comte de Montesquiou. — Vicomte de la Redorte. — Lebrun. — Général Pelet : — Comme moi.

Romiguières. — Marquis de Gabriac. — Marquis de Boissy. — Pelet de la Lozère : — La dégradation civique.

Prince de la Moskowa. — Comme moi. Produit un fait nouveau, la conversation de Cubières avec Pellapra dans l’antichambre de Teste. Dit la tenir d’un magistrat. Pellapra aurait dit à Cubières : Vous êtes un enfant de croire que les choses vont toutes seules. Combien donnez-vous à Teste ?

Viennet. — A dit violemment : — Depuis une heure, je suis persécuté, a la lettre, par la gloire militaire du général Cubières. Il est coupable. Je fais de vains efforts pour violenter ma conscience. La dégradation civique.

Vicomte SébastianiAvec douleur, la dégradation civique.

Laplagne-Barris. — Combat mon opinion. Discute l’article 463. La dégradation civique.

Duc d’Harcourt[1]. — Les plus sévères pour eux-mêmes sont les plus indulgents pour autrui. Je remarque que dans cette assemblée les plus jeunes et les plus purs sont aussi les plus miséricordieux. Il ne manque pas de gens dans ce monde qui font consister la vertu à fouler aux pieds ceux qui sont déjà par terre. Quant à moi, ce n’est pas ma manière. — Vote comme j’ai voté.

Baron Charles Dupin. — Trouve l’interdiction insuffisante, demande la dégradation. (Conversations qui couvrent sa voix. Le chancelier lui-même cause avec MM. Barthe et Portalis. M. Charles Dupin s’interrompt. M. Molé s’écrie : Monsieur le chancelier, on n’écoute pas ! Tout le monde cause. Faites faire silence ! Le silence se rétablit.)

Il est tard, près de sept heures. Quatre-vingts pairs encore restent qui n’ont pas opiné.

Le chancelier propose le renvoi à demain. On se récrie : — Le renvoi au milieu d’un tour d’opinion ! — M. Cauchy lit un précédent du procès Quénisset. Tumulte. Le renvoi est ordonné. On se réunira à onze heures.

16 juillet.

Continuation du tour d’opinion sur l’application de la peine au général Cubières.

Baron Darriule.Neigre. — Daru. — Colbert. — Duc de Richelieu. — Comte de Montalivet. — Réservent leur vote.

  1. Le duc d’Harcourt, le nez pointu, l’air spirituel et bon. Il vient à la Chambre en paletot vert-bouteille, pantalon de nankin et chapeau gris. (Note de Victor Hugo.)