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NOTES ÉPARSES.


I


Août 1848.

Voici ce que doit savoir un ambassadeur qui part pour Saint-Pétersbourg :

En Russie il n’y a que l’empereur et dans l’empereur il n’y a que le premier mouvement. Plaisez à l’empereur, et plaisez le premier jour. Tout est là. L’empereur ne revient pas de son premier coup d’œil et tout Pétersbourg et toute la Russie voient comme a vu l’empereur. Si l’empereur a été froid, la Russie vous tourne le dos ; s’il vous a souri, vous êtes un dieu.

Or pour plaire à l’empereur tout d’abord, il fallait en 1830 lui bien parler de la garde royale, il faut en 1848 lui bien parler de la garde nationale et de la garde mobile en juin. Soyez libéral, français, philosophe, voltairien tant que vous voudrez, mais pas un mot de la Pologne. La Pologne, entrevue dans une allusion même la plus lointaine, lui fait froncer le sourcil ; et tout est dit.

Parlez-lui de l’Afrique. Il nous voit volontiers en Algérie. La France y fait contrepoids à l’Angleterre en Égypte. En 1830, quand il apprit la prise d’Alger, quelque temps avant les événements de juillet, il dit à M. de Bourgoing, alors premier secrétaire de l’ambassade française : — Bravo ! je voudrais vous aider ! Mais je ne puis que vous applaudir. Des soldats français là me font autant de plaisir que des soldats russes.

Après Juillet, le général Atthelin vint comme ambassadeur. Nicolas le mit tout de suite sur la garde royale. — Ces braves grenadiers ! Voila comme on comprend le devoir ! — Il ajouta ce mot remarquable : — Je voudrais leur donner à chacun une statue d’or.

Atthelin resta froid devant l’éloge des grenadiers royaux, et fut perdu. L’empereur le regarda à peine ; le lendemain personne ne le regarda plus.




II


15 octobre 1848.

J’ai quitté le n° 5 de la rue d’Isly pour le n° 37 de la rue de la Tour-d’Auvergne.