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[UNE RÉUNION PUBLIQUE.]


Mars 1848.

Cependant toutes sortes de passions fermentaient, les anciennes rancunes, les vieilles haines, qui jadis se dressaient contre le gouvernement, et qui maintenant, le gouvernement terrassé, montaient vers la société.

Dans les premiers jours de mars, une nouvelle et étrange classe d’hommes, classe exaltée et fanatique, irritée quelquefois à tort, quelquefois justement indignée, les condamnés politiques, s’assemblaient dans la salle Valentino. Sobrier avait provoqué la réunion ; Hubert, Barbès, Blanqui l’avaient organisée.

Cette assemblée ne fut qu’un long tumulte. Elle commença comme un orage et finit comme un combat. Sobrier y parla avec sa passion ardente, Blanqui avec sa colère froide. D’autres encore. Mille violences, contre le roi tombé, contre le gouvernement provisoire, contre Guizot, contre Lamartine, contre tous et contre tout.

— Les condamnés politiques étaient les vrais auteurs de la révolution de février. — Ils avaient préparé l’explosion, ils avaient fait l’idée. Or, faire l’idée, c’est faire la chose. — Et on les oubliait ! eux, les vrais, les purs, les seuls républicains ! eux, les vainqueurs, on les traitait en vaincus ! évidemment le gouvernement provisoire trahissait. —

Hubert, qui était sorti des cachots du Mont Saint-Michel perclus de tous ses membres, se fit porter sur le théâtre dressé au fond de la salle. Il était assis sur un fauteuil, pâle et furieux, suppléant aux gestes par le regard. Il cria : — Citoyens, savez-vous ce que j’ai vu ? Je suis allé à l’Hôtel de Ville. On a refusé devant moi la porte à nos frères des barricades, à nos frères des cabanons, à nos frères de 1829 et de 1848 ! On chasse les pieds nus et l’on admet les bottes vernies ! Ce sont les gens bien mis, les gens en habit, les riches, qui sont les maîtres ! De toutes parts on allonge des griffes vers les places, mais ce sont des griffes en gants jaunes ! Ceux qui sont en haut veulent rester en haut. Est-ce que ceux qui sont en bas ne vont pas monter à la fin ? La vieille société se défend, faisons-lui brèche et ouvrons l’assaut ! et commençons par jeter bas ce méchant mur de plâtre qu’on appelle le gouvernement provisoire !