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demeure pas moins inconstitutionnel et fâcheux comme précédent, pouvant remonter d’ailleurs même jusqu’à la royauté. Les inviolabilités se tiennent.

M. le chancelier, pour remercier MM. de Pontécoulant et Cousin de l’appui qu’ils lui ont prêté, les propose à la Chambre pour faire partie de la commission d’instruction.

M. de Praslin a été écroué ce matin au point du jour. Il est dans la chambre où a été M. Teste.

C’est M. de Praslin qui, le 17 juillet, me passa la plume pour signer l’arrêt de MM. Teste et Cubières. Un mois après, jour pour jour, le 17 août, il signait son propre arrêt avec un poignard.

Le duc de Praslin est un homme de taille médiocre et de mine médiocre. Il a l’air très doux, mais faux. Il a une vilaine bouche et un affreux sourire contraint. C’est un blond blafard, pâle, blême, l’air anglais. Il n’est ni gras ni maigre, ni beau ni laid. Il n’y a pas de race dans ses mains, qui sont grosses et laides. Il a toujours l’air d’être prêt à dire quelque chose qu’il ne dit pas.

Je ne lui ai parlé que trois ou quatre fois dans ma vie. La dernière fois, nous avons monté le grand escalier ensemble ; je l’ai prévenu que j’interpellerais le ministre de la guerre si l’on ne graciait pas Dubois de Gennes, dont le frère avait été secrétaire du duc ; il me dit qu’il m’appuierait.

Il s’était assez mal conduit avec ce Dubois de Gennes. Il l’avait congédié assez légèrement. Le duc se chargeait de ses suppliques, disant qu’il les remettrait au roi en mains propres, et il les jetait à la poste.

M. de Praslin ne parlait pas à la Chambre. Il votait sévèrement dans les procès. Il a opiné très durement dans l’affaire Teste.

En 1830, je le voyais quelquefois chez le marquis de Marmier, depuis duc. Il n’était encore que marquis de Praslin ; son père vivait. J’avais remarqué la marquise, belle grasse personne, contrastant avec le marquis, alors très maigre.

La pauvre duchesse était, à la lettre, déchiquetée, tailladée par le couteau, assommée par la crosse du pistolet. Allard, le successeur de Vidocq à la police de sûreté, a dit : — C’est mal fait ; les assassins dont c’est l’état travaillent mieux ; c’est un homme du monde qui a fait ça. — Les premiers soupçons se sont éveillés ainsi.

Après la séance, je suis allé au cabinet de lecture. Nous avons discuté à nouveau, les ducs de Noailles et de Brissac, le comte de Pontois, le premier président Séguier et moi sur la légalité de l’arrestation de M. de Praslin avant l’arrêt de compétence de la cour. Tous, excepté M. de Séguier, ont été de mon avis.

J’ai dit au duc de Noailles : — Les raisons données par le chancelier et