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À neuf heures, le fils et les avocats se retirèrent. L’agent qui devait surveiller M. Teste reçut l’ordre de monter immédiatement ; ce fut pendant les quelques minutes qui s’écoulèrent entre le départ de son fils et l’entrée de l’agent que M. Teste exécuta sa tentative de suicide.

Beaucoup de personnes ont douté que cette tentative fût sérieuse. À la Chambre, on en parlait ainsi. M. Delessert, le préfet de police, que j’ai questionné à ce sujet, m’a dit qu’il ne pouvait y avoir de doute ; que M. Teste avait bel et bien voulu se tuer. Seulement il ne croit qu’à un coup de pistolet.

Après sa condamnation, M. le général Cubières a reçu beaucoup de visites ; l’arrêt de la cour a manqué le but par trop de sévérité. Les visiteurs du général passaient, pour arriver jusqu’à sa cellule, devant la cellule de Parmentier, fermée seulement d’une porte vitrée avec un rideau blanc, au travers duquel on l’apercevait. Tous en passant accablaient Parmentier de paroles de mépris, ce qui a obligé cet homme à se cacher dans un coin où on ne le voyait plus.

On désigne pour remplacer M. Teste comme président de chambre à la cour de cassation M. Vincent Saint-Laurent qui a parlé presque violemment contre Teste à la cour des pairs. Si M. Vincent Saint-Laurent doit remplacer M. Teste, je regrette pour lui qu’il n’ait pas au moins trouvé moyen de s’abstenir dans le procès.

On répète un mot de M. Teste auquel je veux ne pas croire, mais qui sent l’avocat et qui par conséquent est malheureusement vraisemblable. Il aurait dit : — Eh bien ! ça pouvait se gagner !




22 juillet.

Le nom de Teste est déjà enlevé de sa place à la Chambre des pairs. C’est le général Achard qui occupe maintenant son fauteuil.

Hier, mardi 21 juillet, comme j’allais de l’Académie à la Chambre des pairs, vers quatre heures, j’ai rencontré près de la porte de sortie de l’Institut, dans la partie la plus déserte de la rue Mazarine, Parmentier qui sortait de prison.

Il se dirigeait vers le quai. Son fils l’accompagnait.

Parmentier, vêtu de noir, portait son chapeau à la main, derrière le dos ; de l’autre bras, il s’appuyait sur son fils. Le fils était triste. Parmentier paraissait profondément accablé. Il avait l’air épuisé d’un homme qui vient de faire une longue marche. Cette tête chauve semblait plier sous la honte. Ils allaient lentement.

On disait aujourd’hui à la Chambre que Mme Cubières a donné une