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L’agent de change Goupil est entendu. Teste se débat.

M. Charles Dupin interroge l’agent de change. Teste le suit et l’applaudit du sourire. Rien n’est plus douloureux que ce sourire.

Cette fois, on a tenu la chambre du conseil avant l’audience, dans l’ancienne salle.

Les pairs bourdonnaient comme une ruche. Le chancelier est venu à mon banc et m’a parlé Académie, — qu’un abbé Bautain se présentait pour succéder à M. Ballanche, — ce que j’en pensais. — Qu’à son avis il serait convenable qu’un ecclésiastique fût de l’Académie, mais que cet ecclésiastique devrait être ou très éminent par le talent, ou très éminent par la dignité, — que cet abbé Bautain ne lui semblait réunir ni l’une, ni l’autre de ces deux conditions ; — qu’on lui avait parlé, le comte Portalis, bon juge, d’un des deux cardinaux récemment nommés, le cardinal Giraud, comme d’un bon écrivain et d’un homme distingué, — si j’en savais quelque chose, et si je serais opposé à cette nomination. — J’ai répondu très sommairement que je ne connaissais comme gens de talent ni l’abbé Bautain ni le cardinal Giraud, et que du reste je trouverais fort bon qu’il y eût des prêtres distingués ou illustres, non seulement à l’Académie, mais à la Chambre des pairs. — M. le chancelier a abondé dans mon sens, puis m’a parlé du procès, de sa fatigue, de sa douleur ; disant combien une séance de l’Académie était une douce chose auprès d’une audience de la cour des pairs.

Dans sa déposition, M. Legrand, sous-secrétaire d’État aux travaux publics, a qualifié Teste : une personne qui est assise derrière moi. Teste a haussé les épaules.

Après la déposition grave du notaire Roquebert, le visage de Teste prend l’expression de l’agonie. Il se penche vers la table et dit quelques mots à voix basse.

À la production de la pièce venue du Trésor, Teste a rougi, s’est essuyé le front avec angoisse et s’est tourné vers son fils. Ils ont échangé quelques mots. Puis Teste s’est remis à feuilleter son dossier, et le fils a laissé tomber sa tête sur ses deux mains.

Depuis une heure. Teste a vieilli de dix ans ; sa tête branle, sa lèvre inférieure tombe. C’était hier un lion, aujourd’hui c’est une ganache.

Tout dans cette affaire marche par secousses violentes. Hier, je voyais Teste innocent, aujourd’hui je le vois coupable. Hier, je l’admirais, aujourd’hui je serais tenté de le mépriser, s’il n’était pas si malheureux. Mais je n’ai plus que de la pitié.


La séance d’hier 12 juillet est un des plus terribles spectacles auxquels j’aie assisté dans ma vie. C’est un écartèlement moral. Ce que nos pères ont