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— Vous différiez donc d’opinion ?… — Avec toute la Chambre ? Oui. — Que voulez-vous donc ? — Le Rhin. — Ah ! diable ! — J’aurais protesté et parlé sans échos, j’ai mieux aimé me taire. — Ah ! le Rhin ! avoir le Rhin ! Oui ! c’est beau. Poésie ! poésie ! — Poésie que nos pères ont faite à coups de canon et que nous referons à coups d’idées ! — Mon cher collègue, a repris M. Decazes, il faut attendre. Moi aussi, je veux le Rhin. Il y a trente ans, je disais à Louis XVIII : Sire, je serais désolé si je pensais que je mourrai sans voir la France maîtresse de la rive gauche du Rhin. Mais avant d’en parler, avant même d’y songer, il faut que nous fassions des enfants. — Eh bien ! ai-je répliqué, voilà trente ans de cela. Les enfants sont faits.




VI


23 avril 1847.

On discute à la Chambre des pairs une loi assez mauvaise sur le remplacement militaire. Aujourd’hui, c’était l’article capital qui passait.

M. de Nemours est venu à la séance. Il y a à la Chambre quatre-vingts lieutenants généraux. La plupart trouvaient l’article mauvais. Tous se sont levés pour l’adopter, sous l’œil du duc de Nemours qui semblait les compter tous.

Les magistrats, les membres de l’Institut, les ambassadeurs ont voté contre.

Je disais au président Franck-Carré assis à côté de moi : — C’est la lutte du courage civil et de la poltronnerie militaire.

L’article a été adopté.




VII


14 juillet 1847.

J’ai parlé hier à la Chambre pour Jérôme Napoléon[1].

Voici les principaux qui ont voté comme moi : le comte de Pontécoulant, le prince de la Moskowa, l’amiral Grivel, le marquis d’Audiffret, l’amiral Halgan, les généraux Marbot, Fabvier, Neigre, Lagrange, Pernetty, Gourgaud, l’amiral Roussin, le maréchal Molitor, le général Rapatel, le général Barthezène, le duc de Trévise, Cousin, le comte Daru, le comte Mathieu de la Redorte, le comte Lanjuinais, le comte Foy, le comte de

  1. Victor Hugo appuyait la pétition de Jérôme Napoléon pour l’abrogation des lois d’exil. (Note de l’éditeur.)