Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome I.djvu/175

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lippe Dupin qui est mort cette année. Seulement il est moins coloré et plus petit.

Il entre, salue la cour trois fois comme un acteur salue le parterre, et s’assied. Pendant l’appel nominal, il prend du tabac avec un air de profonde tranquillité.

L’appel et le contre-appel terminés, M. le chancelier lui dit de se lever et l’interroge sur ses nom et prénoms. Il répond à voix basse, d’une façon sourde et timide.

— Élevez la voix, lui dit le chancelier.

L’accusé répète ses réponses à haute voix et très intelligiblement. Il a l’air d’un bon bourgeois qui prend un passeport et que l’employé du bureau questionne. Il se rassied et dit quelques mots à l’oreille de son défenseur, M. Baroche, bâtonnier de l’ordre des avocats. Il y a cinq avocats à la barre.


JOSEPH HENRI
Corquis de Victor Hugo

Un prêtre est dans la foule qui encombre l’hémicycle derrière l’accusé. L’accusé a des besicles. Derrière le prêtre, il y a un turc.

L’accusé est tellement petit que, debout, il ne dépasse pas la tête des gendarmes assis à côté de lui. Il se mouche de temps en temps avec bruit dans un mouchoir blanc à carreaux bleus. Il a la mine d’un greffier de campagne. Toute sa personne respire je ne sais quoi de doux, de triste et d’apaisé. Par moment cependant il prend sa tête de ses deux mains et l’air désespéré perce sous l’air indifférent. Il est en effet à la fois désespéré