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À L’ACADÉMIE.

1843-1851.


I

M. de Roquelaure, évêque de Senlis, était de l’Académie de 1772 et fut de l’Académie de 1814. Il atteignit presque cent ans. C’était un évêque de cour, grave et libre. Il vivait encore en 1818. Je me rappelle l’avoir vu maintes fois à cette époque le jeudi, moi tout jeune adolescent introduit dans la bibliothèque de l’Institut par recommandation de M. François de Neufchâteau qui me protégeait comme enfant sublime, ayant été lui-même enfant prodige. Ce n’est pas par vanité que je rappelle ceci. Je reviens à l’abbé de Roquelaure.

Tout en feuilletant mes in-folios, je le regardais par la porte vitrée de la salle de la bibliothèque où siégeait à cette époque l’Académie. C’était un vieillard droit et vert à grand profil du temps de Louis XIV. Il portait le petit manteau violet et les bas violets. Il parlait très haut, même pendant les séances publiques. M. de Vaublanc, alors ministre, qui avait fait des académiciens par ordonnance, voulut être fait académicien par l’Académie. Il avait publié un gros lourd poëme qu’il appelait le Dernier des Césars. Il se présenta, fit des visites, etc. Au premier tour de scrutin, il n’eut que quatorze voix contre seize. M. de Roquelaure, qui avait voté pour lui, dit à haute voix :

Donnez-moi un autre nom. Un ministre qui ne passe pas au premier tour ne passe pas du tout.

C’est M. Cuvier qui a remplacé M. de Roquelaure.




II

À l’époque où parut la Lucrèce[1] de M. Ponsard, j’eus avec M. Viennet, en pleine Académie, le dialogue que voici :

M. Viennet. — Avez-vous vu la Lucrèce qu’on joue à l’Odéon ?

  1. En 1843.