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MYSTÉRIEUX
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vous proposais de me suivre, en vous promettant de m’occuper de votre avenir ?

— Oh ! je remercierais monsieur du plus profond de mon cœur.

— Vous n’avez pas de cheval, sans doute ?

— Si, vraiment : j’ai oublié de vous en parler ; c’est pourtant la meilleure partie de la succession du docteur.

— Eh bien, habillez-vous le mieux possible ; et si vous voulez être discret et fidèle, vous pourrez me suivre jusqu’à ce que l’on ait oublié votre réputation de sorcier.

Taillefer accepta avec empressement cette proposition et assura DuPlessis de son dévouement. En quelques minutes il eut revêtu de nouveaux habits, arrangé sa barbe et ses cheveux, et le changement était tel que personne n’eût pu reconnaître en lui le maréchal sorcier. Dès que sa transformation fut opérée, il alla chercher son cheval et celui de DuPlessis.

— Vous allez donc me quitter ? lui dit Cyriaque Laforce, et je ne pourrai plus m’amuser aux dépens des bonnes gens qui tremblaient de tous leurs membres lorsque je les guidais ici pour faire ferrer ou soigner leurs chevaux par le diable. Mais je ne vous dis pas adieu ; nous nous reverrons probablement encore quelque part, aux prochaines fêtes des Trois-Rivières, par exemple, où « Domine » Apollon m’a promis de me conduire.

— À la bonne heure, répondit Taillefer, mais ne fais rien sans y bien réfléchir. Ne dis rien aux gens de propre à me nuire, et je te serai peut-être utile avant que tes cheveux commencent à blanchir.

— Avant que vous soyez à une demi-lieue d’ici, vous comprendrez que je suis un lutin qui sait arranger les choses avec réflexion pour votre avantage.

Et le garçon les quitta en leur souhaitant bon voyage et en faisant une cabriole. Nos