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MYSTÉRIEUX
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CHAPITRE XII

TAILLEFER LE SORCIER


Taillefer s’absenta pour aller donner à manger au cheval et revint après deux ou trois minutes faire son récit.

— J’ai appris dans ma jeunesse, dit-il, l’art de maréchal ; et quoique je connusse ce métier aussi bien qu’aucun de mes compagnons, je m’en lassai, et, ayant fait la connaissance d’un célèbre jongleur, j’allai courir le monde avec lui pendant dix ans. J’ose dire, et vous en avez eu la preuve au manoir de Champlain, que je m’acquittais passablement de mon état. Cependant, je le quittai de dégoût. Je devins alors moitié associé, moitié domestique d’un homme ayant beaucoup de science et peu d’argent, qui suivait la profession de médecin. Non seulement il était habile praticien, mais il lisait dans les astres. Il était chimiste, et il avait fait plusieurs tentatives pour fixer le mercure ; il se croyait près de trouver la pierre philosophale. Mais, dupe de son imagination et infatué de son savoir, mon maître, le docteur Degarde, dépensa, en se trompant lui-même, l’argent qu’il avait gagné en trompant les autres. Je n’ai jamais pu savoir s’il avait fait construire ce laboratoire qui me sert de forge, ou s’il l’avait découvert. Il venait souvent s’y renfermer, et l’on pensa que ses absences mystérieuses de Québec, qu’il habitait, avaient pour cause son commerce avec le monde invisible. Son nom devint fameux dans la ville et les environs, ce qui lui attira en secret des gens trop puissants pour être nommés et dont les projets étaient trop dangereux pour être men-