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MYSTÉRIEUX
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n’avait qu’un petit nombre de marches et aboutissait à un corridor, au bout duquel on apercevait une forge allumée dont la fumée s’échappait par des ouvertures artistement ménagées. La figure grotesque du maréchal et les traits presque difformes, quoique spirituels, du garçon, vus à la lueur rougeâtre du feu, dans cet endroit où se trouvaient, outre les ustensiles d’un maréchal-ferrant, des creusets, des alambics, des cornues et d’autres instruments propres à la chimie, auraient justifié la réputation de sorcellerie du maître de ce lieu fantastique. DuPlessis demanda au maréchal comment il se faisait qu’il connût son nom.

— Monsieur doit se rappeler, répondit-il, qu’il y a quelques années un jongleur se présenta au manoir de Champlain et y exerça ses talents devant un noble seigneur et sa respectable société. Il y avait une jeune demoiselle, belle et, aimable à ravir…

— Silence ! fit DuPlessis, vous m’en avez dit assez, ne revenons plus sur ce sujet. Cette journée est du petit nombre des moments heureux que j’aie jamais connus.

— Elle est donc morte ? demanda le maréchal. La pauvre enfant ! Ah ! je demande pardon à monsieur d’avoir touché à ce sujet.

Il prononça ces mots d’un ton ému, qui donna à DuPlessis une opinion favorable de ce singulier artisan.

— Je croyais, dit-il, après un moment de silence, que vous étiez alors joyeux compagnon en état d’amuser une société par vos tours, vos ballades et vos contes. Comment donc êtes-vous devenu un ouvrier exerçant son métier d’une manière si extraordinaire ?

— Mon histoire n’est pas longue. Si monsieur veut s’asseoir, je la lui raconterai, puisqu’il semble s’intéresser à moi, et pendant ce temps son cheval fera un bon repas qui le mettra à même de voyager avec célérité.