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MYSTÉRIEUX
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te du gouverneur général, et « Domine » doit en être l’ordonnateur. Il n’est pas aussi sot qu’il le paraît ; il sait réciter des vers comme le meilleur acteur. Or, il m’a promis qu’il me donnerait un rôle dans la pièce qu’il fera jouer. Gare à lui s’il me manque de parole ! Mais en voilà assez là-dessus. Nous sommes arrivés à la forge de maître Taillefer, que les crédules appellent la « boutique du diable ».

— Vous badinez, mon petit ami ! je ne vois qu’une légère élévation de terrain en forme de colline sur laquelle sont rangées de grosses pierres en cercle.

— C’est cela, monsieur. La grosse pierre du milieu est le comptoir du maréchal ; vous allez y déposer votre argent.

— Me direz-vous, espiègle, ce que signifie cette plaisanterie ? Remarquez que je n’ai pas le temps ni l’humeur de plaisanter pour le quart d’heure. Conduisez-moi au plus vite à la forge, et vous serez récompensé.

— Brave monsieur, soyez certain que je ne voudrais pas plaisanter avec un voyageur comme vous. Je vous ai dit la vérité : déposez votre argent sur la pierre, attachez votre cheval à cet anneau, et venez, vous asseoir derrière ce petit bois ; je vous assure que votre affaire sera bientôt faite. Vous pouvez me tordre le cou si je vous trompe.

— Prends-y garde ! Au surplus, je vais tenter l’aventure jusqu’au bout. Voici deux livres dix sur la pierre. Mon cheval est attaché. Maintenant, il faut siffler trois fois, dis-tu ?

— Attendez, je vais siffler pour vous.

En même temps le jeune garçon siffla d’une manière si aiguë que DuPlessis se boucha les oreilles.

— Retirons-nous, continua-t-il, derrière ce fourré.

Et, au bout d’un instant, il ajouta :