Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/77

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MYSTÉRIEUX
77

— Auriez-vous la bonté, messieurs, de m’indiquer où je pourrais trouver un maréchal-ferrant ? J’ai entendu dire qu’il y en avait un quelque part près d’ici. Vous voyez, mon cheval est déferré du pied gauche de devant.

Les deux paysans haussèrent les épaules d’un air de pitié et continuèrent leur chemin sans lui répondre, tout en paraissant se parler tout bas. Un peu plus loin, DuPlessis aperçut une maison. Rendu devant la porte, il demanda à une vieille femme qui balayait le perron, s’il y avait dans les environs un maréchal-ferrant.

— Maître Jacques, s’écria-t-elle, sans répondre à Duplessis, maître Apollon Jacques, venez parler à ce monsieur qui demande un maréchal-ferrant.

— « Quid mihi cum caballo » (que me fait un cheval) ? dit une voix, et apparut sur le seuil un homme maigre et voûté, que son costume faisait aisément reconnaître pour un pédagogue. En apercevant DuPlessis, il ôta le bonnet qui couvrait ses longs cheveux grisonnants, et dit :

— « Salve, domine ; intelligisne linguam latinam » (salut, monsieur ; comprenez-vous le latin) ?

— Peu familier avec le latin, je parlerai l’idiome vulgaire, répondit DuPlessis.

— Il m’a compris, murmura le pédagogue ; ce n’est pas un rustre apparemment.

Et il s’intéressa sur-le-champ au voyageur et à son cheval déferré ; puis il reprit d’un ton solennel :

— « Doctissime domine » (très savant monsieur), à environ dix arpents d’ici se trouve le meilleur « faber ferrarius » (ouvrier-ferrant) qui ait jamais ferré un cheval.

— Mais, s’écria la vieille femme, c’est envoyer une âme à Satan que d’adresser une créature humaine à Taillefer le maréchal.