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LE MANOIR

avoir découvert, dans des papiers de famille, une parenté éloignée avec M. Pezard de la Touche. Il lui fit des visites de plus en plus fréquentes, et… Mais à quoi bon des détails ! Qu’il vous suffise de savoir qu’au bout de quelques mois, et bien que mademoiselle Joséphine ne parût pas voir Deschesnaux avec affection, elle disparut soudainement de la maison de son père, et elle fut unie à ce misérable par un mariage secret ! C’est elle qu’il tient en une espèce d’esclavage dans cette maison maudite que vous appelez le « manoir mystérieux ! »

— Et voilà la cause de votre querelle ? demanda l’aubergiste. Cependant, M. DuPlessis, si cette dame a voulu épouser ce Deschesnaux, et que la chose soit faite, comment voulez-vous y remédier ?

— Sans doute, M. Gravel, je ne puis empêcher que ce mariage n’ait eu lieu ; mais je puis, je dois empêcher ce misérable d’éloigner une fille de son père inconsolable. Je suis incapable de voir d’un œil sec le désespoir de M. Pezard de la Touche, et je veux tenter de déterminer Joséphine à revenir chez son père. Mon dessein est de retourner et d’essayer d’avoir avec elle une plus longue conversation que celle que j’ai eue.

— Mais, M. DuPlessis, si la jeune dame refuse de vous écouter ? Si elle veut rester comme elle est ?

— Je me plaindrai à M. Hocquart de l’infamie de son favori ; j’en appellerai, s’il le faut, au gouverneur général, au marquis de Beauharnais lui-même.

— L’intendant pourrait bien être disposé à protéger son confident, car Deschesnaux paraît très puissant près de lui. Mais, M. DuPlessis, faites mieux : qu’une requête de M. Pezard de la Touche, signée par les premières familles de Champlain, les Mullois, les d’Orvilliers, les Lanouette, les Saint-Romain, ainsi