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LE MANOIR

— J’aimerais mieux, Joséphine, que le diable se mêlât de mes affaires que ce DuPlessis.

— Et pourquoi as-tu une telle opinion de ce pauvre DuPlessis ?

— Mon intérêt devrait être pour toi une raison suffisante pour te dispenser d’en rechercher d’autres ; mais si tu désires en savoir plus, apprends que le capitaine DuPlessis est l’ami et le protégé de M. de Vaudreuil, mon rival, et de Bégon, mon ennemi, et que si l’un des deux était instruit de notre mariage avant que la marquise de Beauharnais fût préparée à l’apprendre, je serais déconsidéré et peut-être obligé de tout abandonner : position, fortune, honneurs, et de recevoir en retour l’indifférence de mes anciens amis et les sarcasmes de mes ennemis.

— Mon cher mari, tu t’exagères les choses. Comment as-tu conçu une si mauvaise opinion de DuPlessis ? S’il suffit de te parler de lui pour t’offenser, que dirais-tu si je l’avais vu ?

— Si tu l’avais vu ! tu ferais bien de tenir cette entrevue secrète, car quiconque voudra pénétrer dans mes secrets s’en repentira cruellement. Mais qu’as-tu, mon amour ? ajouta-t-il en adoucissant le ton à la vue de sa femme qui pâlissait. As-tu quelque chose à me demander qui ne puisse compromettre ni mon honneur ni notre fortune ?

— Rien, répondit Mme Hocquart d’une voix faible. Je désirais te demander quelque chose, mais tu me l’as fait oublier.

— Tu tâcheras de te le rappeler la prochaine fois, dit-il. Et, après avoir essayé de la consoler de son mieux, il ajouta, en l’embrassant affectueusement : « Au revoir, ma Joséphine. N’oublie pas que du secret que j’exige de toi dépend notre bonheur dans l’avenir. »

Et il sortit. Au bas de l’escalier, Deschesnaux lui donna un grand manteau et un chapeau rabattu qui lui cachait en partie le visage.