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LE MANOIR

re. Ne pourrais-tu pas au moins savoir par ta fille ce qu’ils ont dit entre eux ?

— Je vous ai déjà informé, M. Deschesnaux, que ma fille ne s’occupait jamais de mes affaires. Je puis vous aider, moi, parce que je sais comment me repentir de mes fautes de faiblesse naturelle ; je sais marcher entre les pièges, moi ; mais je ne voudrais pas mettre en danger l’âme de ma chère fille.

— Eh ! qui te parle de mettre en danger l’âme de ta fille ? Tu peux bien savoir indirectement d’elle ce que DuPlessis a dit à madame.

— Ah ! à la bonne heure, c’est ce que j’ai fait : il lui a dit que son vieux père était bien malade.

— C’est bon à savoir. Mais il faut débarrasser le pays de DuPlessis. Ton pendard de camarade est à ses trousses ; il y va de notre fortune, Cambrai.

— Je le sais, répondit celui-ci d’un air sombre. C’est pour moi, selon l’usage, que seront tous les risques et toutes les peines.

— Où sont donc ces grands risques ? Un individu à l’air suspect vient rôder près de ta maison, tu le prends pour un malfaiteur et lui envoies adroitement une balle qui lui enlève du coup toute envie de raconter ensuite aux passants lequel des deux a eu tort : quoi de plus naturel que tout cela ? Un bon chien de garde mord celui qui s’approche trop près de lui.

— Oui, vous me donnez une besogne de chien, et vous me récompensez aussi comme un chien. Vous, M. Deschesnaux, vous recevez l’or et l’argent à pleines mains et menez une vie de prince, tandis que moi je n’ai que la jouissance de ce domaine, jouissance révocable selon votre bon plaisir.

— Je comprends : tu voudrais que cette jouissance se convertît en propriété. Cela pourra arriver, Thom. Mais tu as assez de conscience pour convenir qu’il faut de grands services