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MYSTÉRIEUX
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— Et que peut-il y avoir encore de commun entre nous, M. Léon Duplessis, pour que vous vous permettiez une semblable démarche jusque dans cette retraite ?

— Ce qu’il peut y avoir encore de commun entre nous ? répéta-t-il ; probablement qu’il n’y a plus que votre affection pour votre noble père et l’amitié sincère et reconnaissante que je lui porte moi-même. Et c’est cette amitié pour lui qui seule, je vous le jure, m’a fait braver plus d’un danger et jusqu’à vos paroles de dédain, pour venir vous implorer en faveur du meilleur et du plus tendre des pères, dont votre conduite a empoisonné les vieux jours, et qui se consume rapidement d’ennui et d’affliction. Votre père, Joséphine, est au désespoir de votre mariage. Lisez cette lettre…

— Mon père est-il donc malade, Léon ? Mais je ne puis quitter cette maison sans la permission de mon mari. Retournez vers mon père et dites-lui que bientôt je pourrai l’aller voir. Portez-lui cette nouvelle. Le ciel m’en est témoin que je partirai dès que j’en aurai obtenu la permission.

— La permission ! fit DuPlessis avec une indignation mal contenue, la permission d’aller voir un père malade, peut-être au lit de la mort ! Et à qui demanderez-vous cette permission ? à ce misérable qui, sous le masque de l’amitié, a violé les lois les plus sacrées de l’honneur en épousant une fille sans la permission de son père.

— Ne parlez pas sur ce ton, M. DuPlessis ; car celui que vous traitez ainsi est tout aussi honorable que vous, et il est assez puissant pour vous faire regretter amèrement vos paroles calomnieuses sur son compte. Vous faites sans doute retomber sur lui la vengeance que vous n’osez exercer contre une femme. C’est votre manière à vous de me punir ; seulement, cette manière est injuste. Faites-moi les repro-