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MYSTÉRIEUX
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— Voilà donc, ajouta-t-il, où ce vieux coquin de Thom Cambrai s’est enterré comme dans une tanière. C’est ce qu’il faut à ce renard sournois ; car ce qui m’a toujours déplu en lui, c’est qu’il n’aimait pas à partager ses plaisirs. Il avalait solitairement des mesures de vin, et disait qu’il regrettait chaque goutte qui ne passait pas par son gosier.

— Mais, puisque l’humeur de votre ancien compagnon est si peu d’accord avec la vôtre, M. Lavergne, puis-je vous demander pourquoi vous désirez renouveler connaissance avec lui ?

— Et puis-je, à mon tour, vous demander, M. DuPlessis, quel motif vous a fait désirer de connaître Thom Cambrai ?

— Je vous l’ai déjà dit, la curiosité.

— M. DuPlessis, j’ai assez vécu avec les habiles pour qu’on ne me fasse pas avaler du son pour de la farine. Vous avez de la naissance et de l’éducation, vous jouissez d’une réputation honorable ; cependant, vous vous associez avec un vaurien, comme on m’appelle, pour venir voir un autre garnement, et tout cela par simple curiosité ? Allons donc ! ce n’est pas à Michel Lavergne que l’on conte de pareilles sornettes avec chance de les faire gober. Gardez vos secrets, moi, les miens, et vogue la galère !

Tout en parlant ainsi entre haut et bas, ils étaient arrivés à la porte de la maison. Michel frappa hardiment, et un domestique à figure rechignée vint regarder à travers un judas garni de barreaux de fer.

— Nous voulons parler à M. Cambrai pour affaires très pressantes, hasarda Michel avec assurance.

Le domestique leur dit d’attendre un instant. Puis il revint leur ouvrir, et les introduisit dans une grande salle où l’on ne voyait que très peu de meubles antiques et délabrés. Le maître du logis entra. C’était un vieillard pa-